Areva n'a qu'à bien se tenir, Henri Proglio, futur patron d'EDF, veut réorganiser la filière nucléaire française sous la coupe de l'électricien. L'actuel président de Veolia qui prendra ses fonctions le 25 novembre à la tête d'EDF, estime que le secteur nucléaire est trop dispersée, écrivent Les Echos. "En donnant si possible à EDF une emprise directe sur l'ex-Framatome, la filiale de réacteurs du groupe nucléaire", Areva NP, rapporte le quotidien économique.

Henri Proglio remet donc en question le modèle intégré d'Areva. Il préconise l'ouverture du capital de la filiale de réacteurs du groupe nucléaire, l'ex-Framatome devenu Areva NP, précise le quotidien à la une de son édition de mercredi.

"Un Framatome fort"

"Ca m'intéresse d'avoir un Framatome fort, adossé à d'autres acteurs français et étrangers", explique M. Proglio. Pour lui, la fusion de Framatome et Cogema menée par Anne Lauvergeon pour créer Areva en 2001 était "probablement une erreur".

"Mon ambition est d'avoir une filière nucléaire française qui fonctionne", a expliqué aux Echos Henri Proglio. "Cela implique qu'on repense toute la filière, en particulier les rôles d'Areva et du CEA (Commissariat à l'énergie atomique)".

Proglio appuie son constat sur les difficultés observées sur les chantiers des réacteurs nouvelle génération EPR en Finlande et en France. Il estime aussi que la France est mal représentée à l'international. "Dans la compétition internationale, peut-on se permettre de se disperser pendant que les autres rassemblent leurs forces?", avance-t-il dans Les Echos.

La sortie d'Henri Proglio, fracassante, a tout pour déplaire à Anne Lauvergeon, patronne d'Areva. C'est elle qui, en 2001, a construit le modèle intégré du spécialiste français du nucléaire, intégrant l'ex-Framatome (maintenant Areva NP) et Cogema afin de maîtriser l'ensemble de la filière de l'atome.

Sens caché?

Areva et EDF se disputent le rôle de chef de file de la filière. Areva pilote la construction d'un réacteur de troisième génération (EPR) en Finlande. EDF est chef de file en France (Flamanville). Mais les deux projets prennent du retard et font l'objet d'une grande attention des autorités de sûreté nucléaire.

Pour les analystes de CM-CIC Securities, la sortie du futur dirigeant d'EDF a peut-être un "sens caché". "On ne peut pas ne pas aussi se poser la question de savoir si finalement, Henri Proglio, ayant compris que le gouvernement ne lâcherait pas beaucoup sur la liberté tarifaire, il lui fallait trouver pour EDF un autre 'grand chantier' pour donner le nouvel élan industriel appelé par le Président Sarkozy", écrivent-ils mercredi, dans une note aux investisseurs.