Léger frémissement du marché de l’électricité pour les particuliers, ouvert à la concurrence depuis juillet 2007. La très médiatique société Poweo de Charles Beigbeder a annoncé jeudi 13 novembre avoir multiplié par près de 24 son nombre de clients particuliers sur les neuf mois 2008, dépassant la barre des 70.000 pour un chiffre d'affaires de 2,2 millions d'euros. Un niveau encore très insuffisant pour inquiéter EDF. D’ailleurs, les fournisseurs alternatifs d'électricité comme Poweo, Electrabel (Suez) ou Direct Energie, représentent à peine 1,5% du marché valorisée à 4 milliards d'euros, selon l'estimation d'Evens Salies, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Il faut dire que les débuts ont été laborieux pour les nouveaux entrants sur le marché. Sur les six premiers mois suivant la libéralisation (de juillet à décembre 2007) à peine plus de 50.000 clients ont quitté le fournisseur historique EDF, selon les chiffres de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Les consommateurs n'ont pas osé quitter l'acteur historique. Et pour cause: le principe de non réversibilité ne permettait pas à un particulier, qui a résilié son contrat avec EDF pour changer de fournisseur et obtenir un tarif de marché, de revenir à un tarif réglementé, une exclusivité EDF.

Déclic

La suppression de ce principe, en janvier 2008, a créé le déclic. Dans les quatre mois qui ont suivi, plus de 150.000 clients migrent vers les offres alternatives. Fin juin, on en dénombre 300.000 et aujourd'hui, près de 450.000, selon le Médiateur de l'énergie. Frédéric Granotier, directeur général délégué et cofondateur de Poweo se félicite: "depuis début 2008, nous enregistrons une croissance mensuelle moyenne de 30%".

Pour obtenir ces résultats, les petits opérateurs alternatifs mènent une guerre commerciale agressive contre le colosse EDF. Tous les coups sont permis: prix cassés du kilowatt/heure, porte à porte, démarchage téléphonique, voire vente forcée. Certains, à l'exemple de Poweo, misent sur la communication à outrance: "nous avons besoin d'une notoriété élevée pour exister", justifie Frédéric Granotier. La société sponsorise les clubs de foot du Paris Saint-Germain et du Havre. Résultat, la moitié des Français connaissent Poweo, selon son directeur général délégué.

Monopole historique

Mais le problème de fond demeure, selon Evens Salies: "Il n'existe pas suffisamment de concurrence pour ébranler le monopole historique". Et de comparer avec la situation anglaise: "là-bas, le marché était partagé, avant la libéralisation, entre 14 opérateurs locaux de taille similaire. Du coup, la concurrence a été beaucoup plus féroce lors de l'ouverture du marché britannique".

Les fournisseurs alternatifs ont bien conscience que cette lutte contre EDF se joue à arme inégale. Mais ils préfèrent voir le verre à moitié plein. En soulignant, comme Frédéric Granotier, le potentiel "colossal" du marché français qui compte 29 millions de foyers.