"Nous devrions nous préparer à une traversée du désert". Il y a presque un an, Ferdinand Piëch, le patron de Porsche et président du conseil de surveillance de Volkswagen, avait prévenu une industrie déjà inquiète que décidemment, 2009 ne serait pas une année facile. C'était quelques jours après le Mondial de l'automobile de Paris. Un an après, les constructeurs réunis à Francfort ne peuvent que le reconnaître qu'il avait raison.

Depuis la mi-2008, l'industrie automobile a vu ses ventes chuter sur ses principaux marchés. Sur l'année 2009, la baisse devrait atteindre 15% au plan mondial, selon les estimations de Renault. Au sein de l'Union européenne, les immatriculations de véhicules neufs ont baissé de 9,4% de juin 2008 à juin 2009. Aux Etats-Unis, les ventes ont plongé de 28% sur la même période.

Résultats dans le rouge

Ces mauvais chiffres de ventes ont pesé sur les résultats des constructeurs dès le second semestre 2008, suivi par un premier semestre 2009 au moins aussi catastrophique. Renault a échappé de justesse à une perte (résultat net de 571 millions d'euros) sur l'année 2008 alors que PSA Peugeot Citroën a sombré dans le rouge (perte nette de 343 millions d'euros) sur la même période. Les résultats du premier semestre 2009 ont été pires, Renault et PSA publiant respectivement des pertes nettes de 2,73 milliards d'euros et de 932 millions d'euros.

Dès la fin de 2008, de nombreuses usines ont été mises à l'arrêt pour écouler des stocks qui s'accumulaient depuis septembre, entraînant une multiplication des mises au chômage technique. Cela n'a pas suffi et les deux constructeurs français ont annoncé des plans de départs volontaires. Renault s'est séparé de plus de 4.000 employés, Peugeot de 3.500.

Primes efficaces

Heureusement, "aucun pays n'a laissé tomber son industrie automobile", rappelle Rémy Cornubert, associé du cabinet de conseil Oliver Wyman, en charge de l'automobile. La France, l'Allemagne et les Etats-Unis ont instauré des primes à la casse pour relancer la demande. Cette stratégie a porté ses fruits et a permis à la production de repartir, provoquant même parfois de violents rebonds de la demande. En Allemagne, les ventes ont explosé de 30 à 40% après l'instauration d'une prime généreuse (2.500 euros).

Parallèlement, des aides financières ont été apportées aux constructeurs, qui peinent à se refinancer à cause de la crise du crédit. En France, 6 milliards d'euros ont été alloués à la filière. Le Royaume-Uni, d'habitude peu interventionniste, a alloué 4,5 milliards de livres à son industrie chancelante.

2010, la reprise?

Quoique bien moribonds, les constructeurs ont tous survécu jusqu'à présent, pour certains au prix de lourdes restructurations. Mais ce n'est pas fini. Le groupe automobile Renault n'est "pas encore sorti de la crise", déclarait lundi son directeur général délégué, Patrick Pélata. "Nous avons réduit fortement nos stocks, nos créances, et nous ne pouvons pas les réduire autant de fois de suite", a-t-il expliqué dans La Tribune.

L'année 2010 devrait cependant être l'année de la reprise au niveau mondial. Dans une étude parue en juin, le cabinet IHS Insight tablait ainsi sur une croissance de 5% du marché automobile mondial, grâce au rebond des pays émergents. En Europe, en revanche, les ventes devraient continuer à se contracter. PSA table sur une baisse de 10% des ventes en 2010. En effet, les constructeurs français ne sont pas sortis de la crise.