Nouveau rebondissement dans la bataille opposant la SNCF et le gestionnaire des rails, Réseaux ferrés de France (RFF). La première s'est à nouveau plainte des tarifs de péage du second dont elle doit s'acquitter à chaque passage de train. RFF répond qu'elle ne rentre toujours pas dans ses frais.

Les factures que la SNCF doit payer à RFF remettraient en cause la rentabilité du TGV, considéré comme la "machine à cash" de l'entreprise publique de transport ferroviaire. "Dans les conditions économiques actuelles, le résultat courant de TGV sera nul d'ici à trois ans si on continue dans cette voie", s'est alarmée Mireille Faugère, directrice générale déléguée en charge des grandes lignes, citée par le quotidien Les Echos.

Libéralisation prochaine

La SNCF s'inquiète surtout de la conjonction de deux évènements: la hausse des tarifs et l'apparition, au 1er janvier 2010, de la concurrence sur les lignes internationales passager, une de ses activités les plus rentables. Trenitalia devrait ainsi exploiter le trajet Milan-Paris, ou encore Paris-Marseille-Vintimille.

Mais, selon RFF, "si les péages restent trop bas, alors les contribuables français subventionneront les compagnies étrangères bénéficiant des mêmes tarifs appliqués à la SNCF". Car c'est l'Etat qui devra alors financer la différence entre le coût réel de l'entretien des voies et les péages artificiellement bas.

Plus de 10% de hausse

La note pour la SNCF est de plus en plus salée. Entre 2008 et 2009, les péages ont bondi de 10,9%, alors que le nombre de trains en circulation n'a augmenté que de 1,9%, rapporte La Tribune. Et ce n'est pas fini. Entre 2008 et 2013, la SNCF assure qu'elle doit faire face à une hausse de 75% des tarifs.

Rien de plus normal, répond RFF. Si les hausses paraissent spectaculaires, c'est parce que l'on part de niveaux extrêmement bas. A l'origine, la SNCF gérait aussi le réseau. Elle s'appliquait des droits de péages symboliques qui revenaient à des versements d'une de ses branches d'activité à une autre.

Coût de 6 milliards

"Aujourd'hui nos tarifs sont dans la moyenne européenne", souligne un porte-parole de RFF contacté par E24. "Et ils ne représentent que la moitié des coûts totaux du réseau: les péages nous rapportent 3 milliards d'euros alors que l'entretien des rails nous coûte plus de 6 milliards d'euros". La différence est payée par l'Etat, propriétaire de RFF, donc par le contribuable.

Il est vrai que RFF fait payer plus cher à la SNCF le droit de passage des TGV que celui des TER, par exemple. Les péages sur la ligne Paris-Lyon ou Paris-Marseille sont parmi les plus élevés. Normal, explique RFF, car ce sont les lignes les plus rentables pour la SNCF.

Quatre chantiers

Arrivée de la concurrence et augmentation constante des péages: pour surmonter ces obstacles, la SNCF va devoir s'attaquer à ses faiblesses. Le fret, d'abord, fait l'objet d'une énième réforme, en partie financée par des investissements publics. Ensuite, les trains régionaux, bien que financés par les collectivités locales, demeurent un poids dans le budget de la compagnie. Enfin, les retraites des cheminots plombent la SNCF. La compagnie dit payer un surcoût de 12,5%.

Ces quatre dossiers, avec le problème de péages, devraient finir entre les mains du gouvernement. "Nous ne pouvons pas régler ces chantiers par nous-mêmes", a souligné David Azéma, directeur délégué stratégie et finance, cité par La Tribune. Au moins sur ce point, RFF est d'accord. Il qui a demandé - et obtenu - des aides de l'Etat pour remettre à niveau le réseau ferroviaire français.