Les annonces de constructeurs autour des voitures électriques ou hybrides se sont multipliées au salon automobile de Detroit, aux Etats-Unis. John Searle, président du directoire de Saft, spécialisé dans les batteries à usage industriel, fait un point pour E24 sur le développement du marché de la voiture hybride.

Combien pèse aujourd'hui le marché des batteries lithium?

Il s'est vendu 500.000 voitures hybrides par an ces deux dernières années. Les études estiment qu'il devrait se vendre entre 3 et 4 millions de véhicules par an en 2015. Ce qui devrait générer entre 5 et 6 milliards de dollars de chiffre d'affaires par an, rien que pour les batteries. Pour répondre à cette demande, nous avons construit une usine en France, à Nersac, près d'Angoulême (inaugurée début 2008, ndlr). Elle produira les batteries qui équiperont les Mercedes Classe S hybrides (en vente en juin 2009) et, à partir de 2010, celles de BMW, avec qui nous avons également signé un contrat. Les modèles que nous allons équiper sont très haut de gamme pour commencer.

Il existe aussi deux autres marchés pour les batteries lithium-ion dans l'automobile: l'hybride "Plug-In" (équipé d'un moteur électrique principal et d'un moteur thermique auxiliaire, ndlr) et le véhicule tout électrique .

Mais vous croyez plus à la voiture hybride…

Nous pensons que les trois types de véhicules ont un avenir. Mais aujourd'hui, l'hybride est le seul marché qui existe vraiment. En effet, cette technologie coûte aujourd'hui quelques milliers d'euros de plus au client final. Et elle permet d'utiliser sa voiture comme d'habitude, le conducteur n'est pas limité en autonomie. Et le prix va baisser. Contrairement aux véhicules tout électrique. Ces derniers n'ont aujourd'hui qu'une autonomie d'environ 200 km. Après quoi, il faut recharger la batterie pendant plusieurs heures. Mais la voiture tout électrique a quand même un avenir à moyen terme. En France nous tablons sur quelques dizaines de milliers de véhicules, comme les camionnettes de livraison par exemple.

Quelle est la stratégie des constructeurs pour développer la technologie hybride?

Nous observons deux modèles. Les Japonais, d'abord, ont créé des partenariats étroits et exclusifs, via des prises de participations, entre constructeurs et fournisseurs de batterie pour partager les coûts de développement. Par exemple, Toyota et Panasonic ont signé il y a 10 ans un accord sur les batteries de type NIMH (nickel métal hydrure). Nous préférons la stratégie occidentale. Les constructeurs européens et américains achètent simplement des systèmes à des fournisseurs. Ce qui nous permet, chez Saft, de fournir plusieurs constructeurs.

La crise affecte-t-elle le développement des voitures hybrides et électriques?

La baisse des ventes de voiture va forcément avoir un impact sur le marché de l'hybride. Mais j'observe qu'au salon de l'automobile de Détroit, les constructeurs multiplient les annonces de lancement de modèles hybrides: la nouvelle Prius de Toyota, la Honda Insight… Ford a même présenté un programme de développement de véhicules électriques et hybrides sur quatre ans. Mais les constructeurs, c'est sûr, vont avoir besoin de l'aide des Etats. Aux Etats-Unis, le nouveau président Barack Obama a répondu présent. Il a déclaré qu'il voulait supporter le développement de l'industrie des véhicules propres. En France, c'est déjà le cas, le gouvernement subventionne à hauteur de 5.000 euros l'achat d'un véhicule électrique.