Sans grande surprise, Christian Streiff vient d'être débarqué de PSA Peugeot Citroën. La Bourse a vivement réagi à cette annonce. Le titre de PSA Peugeot Citroën a décroché emportant dans sa chute le titre de Renault. Pourtant, la nouvelle était déjà intégrée depuis plusieurs mois par la communauté financière et par les syndicats. "Cela fait deux mois que nous nous doutons qu'il était sur le départ. Au salon de Genève, ce n'est pas lui qui s'est exprimé sur la marque, pour nous cela voulait tout dire", avoue la CGT.

Finalement, il n'y a que Christian Streiff qui a été surpris. A l'annonce du conseil de surveillance, il a estimé que son éviction était incompréhensible. Les signes avant coureurs étaient pourtant nombreux. La Tribune avait révélé qu'il était contesté par les actionnaires et l'équipe dirigeante du groupe qui lui reprochent un manque de vision stratégique. Car Christian Streiff est avant tout un homme de gestion des coûts.

Il a mis au point le Cap 2010 et le programme Cash 2009, pour sauver la trésorerie du groupe pendant la crise. Côté stratégie, c'est le statut quo. Renault multiplie la communication autour de ses projets, notamment la voiture électrique ou la Logan alors que PSA Peugeot reste silencieux. En outre, Christian Streiff se refuserait à toute discussion avec d'autres constructeurs pour créer des alliances. Et ce, dans un contexte difficile, où l'union fait la force, à l'image de Renault-Nissan.

Christian Streiff paie une crise de confiance de ses actionnaires. Il est coutumier du fait. Après des années au sein de Saint Gobain, il est présenté en 2004 comme le dauphin de Jean-Louis Beffa, président du groupe. Quelques mois plus tard, son ascension tourne court. Il est remercié. Certains diront que son caractère emporté a lassé. D'autres estiment que Beffa n'était pas prêt à lâcher le pouvoir au grand dam de Christian Streiff. Quinze mois de traversée du désert, et le voilà propulsé PDG d'Airbus en 2006. Connu pour ses plans de redressements, il met en place Power8, un vaste plan de réduction des coûts dont il ne verra jamais sa mise en pratique. Il claque la porte au bout de trois mois estimant qu'il n'aurait jamais les coudées franches pour mettre son plan en marche.

Dans la foulée, il prend les rennes de PSA Peugeot Citroën en 2007. Là encore, il vient pour redresser le groupe en manque de croissance. Son plan, Cap 2010, fixe des nouveaux objectifs de rentabilité: réduire les frais généraux et frais fixe de 30%, dépasser les 4 millions de véhicules en 2010, atteindre une marge opérationnelle de 6% en 2010. Pour y parvenir, il met en place un vaste plan de départs volontaires de 11.000 personnes, dont 6.000 à 7.000 en France d'ici à la fin 2009. La Bourse salue ses mesures. Le titre a gagné plus de 19% depuis début janvier, contre une perte de 15% pour Renault.

Son plan est sur les rails, mais une nouvelle fois, cela sera sans lui. Son départ est immédiat. Partir en pleine crise et dans un débat autour des rémunérations des dirigeants n'a pas que des avantages. S'il a empoché 6 millions d'euros en quittant Airbus, cette fois, il n'aura pas grand-chose. Pas d'indemnités de départs exceptionnelles, juste ce qui est prévu par la loi. Au bout de deux ans, il peut espérer quelques mois de salaires. En 2007, il avait touché un peu plus d'un million d'euros.