Les constructeurs automobiles suédois vont mal. Ils se portent même plus mal encore que leurs concurrents européens. Saab, sous la protection de la loi sur les faillites suédoise, a été mis en vente par General Motors. Pour sa part, Volvo n'est pas au bord de la faillite mais est aussi à vendre: son propriétaire Ford n'en veut plus. Deux situations périlleuses pour les constructeurs et délicates pour le gouvernement suédois dans la mesure où Saab et Volvo occupent malgré tout une place centrale dans l'économie nationale.

Pourtant, l'Etat suédois a fait beaucoup moins que ses homologues allemands ou français pour venir en aide à ses constructeurs qui emploient en Suède entre 120.000 et 140.000 personnes et se place au premier rang des exportateurs "made in Sweden". Sans compter le fait que l'automobile est toujours un secteur d'innovation pour l'industrie.

"Le gouvernement avait promis en décembre de verser 28 milliards de couronnes (2,55 milliards d'euros) au secteur mais depuis, rien n'a bougé", critique Matts Carlsson, analyste à l'institut de management de Göteborg. En fait, Volvo a bénéficié d'un prêt de la Banque européenne d'investissement de 20 milliards de couronnes (1,8 milliard d'euros) garanti par l'Etat suédois. Près de 5 milliards (455 millions d'euros) ont aussi été alloués sous forme de financement d'urgence aux entreprises sous-traitantes en difficulté, et 3 milliards (273 millions d'euros) ont été injectés dans ces mêmes entreprises sous forme de financement aux investissements.

Cela ne suffit pas, ont répété cette semaine les syndicats lors d'une réunion avec le gouvernement de centre-droit. Mais ce dernier ne veut pas faire plus: toute aide versée à Volvo ou Saab pourrait finir dans les poches de leurs maisons-mères américaines Ford ou GM, avance le gouvernement. Et puis, pas question pour l'Etat d'entrer au capital des constructeurs. "Nous voulons aider les constructeurs suédois et non pas les racheter", explique à E24 Anders Nyberg, conseiller politique de Maud Olofsson, ministre de l'industrie et vice-premier ministre. Sans aller jusqu'à la nationalisation ou à une prise de participation, le gouvernement, s'il avait vraiment souhaité faire plus aurait pu recourir à d'autres outils.

A l'instar de bon nombre de pays européens parmi lesquels compte désormais le Royaume-Uni, il aurait pu utiliser la prime à la casse afin de relancer les ventes de ses constructeurs en difficulté. La France, l'Allemagne et l'Italie l'ont adoptée avec succès. Pas la Suède. "Ce type de mesure coûte cher à l'Etat et ne bénéficie pas seulement aux constructeurs nationaux" puisqu'elle s'applique aussi aux voitures importées, argumente Anders Nyberg.

Délaissés par l'Etat et leurs maisons mères, Volvo et Saab doivent faire face quasiment seuls à leurs difficultés. Les deux constructeurs intéresseraient néanmoins quelques repreneurs pour l'instant restés anonymes. Mais en cas de rachat, les nouveaux propriétaires conserveront-ils les usines de Volvo et Saab en Suède? Là est la question.

La situation de Saab inquiète plus particulièrement les spécialistes du secteur. C'est le plus petit des deux: il n'a vendu que 93.000 véhicules en 2008 et ne dispose que de deux modèles dans sa gamme. C'est donc sur lui que se portent les plus fortes probabilités de disparition. Or, "si l'un ou l'autre des constructeurs disparaît de Suède, les conséquences pour le tissu industriel très intégré -ainsi que pour le survivant- seront terribles car les équipementiers seront nombreux à faire faillite, désorganisant toute la filière", prévient Matts Carlsson.

Sombre perspective à laquelle devra faire face le gouvernement dans le pire des cas. Mais pour l'instant, l'espoir d'une reprise des deux constructeurs existe toujours et l'Etat semble capitaliser dessus. Si les constructeurs sont rachetés, il sera toujours temps de négocier avec les repreneurs un maintien de l'activité en Suède, si cela est jugé opportun.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement n'a pas jusqu'ici montré qu'il croit toujours à la vieille maxime suédoise selon laquelle "ce qui est bon pour Volvo et Saab est bon pour la Suède"…