Le symbole GM s'effondre. Autrefois synonyme de puissance de l'économie américaine, le constructeur automobile a officialisé lundi sa mise sous le régime des faillites américain. C'est l'une des plus grosses faillites de l'histoire américaine, après Lehman, WorldCom ou Chrysler.
50 milliards
Le gouvernement américain devrait détenir 60% du capital de l'entreprise, ainsi que 8,8 milliards de dollars sous forme de dettes et d'actions préférentielles. L'administration américaine va également prêter 30,1 milliards de dollars au constructeur. Les gouvernements canadien et de l'Ontario prêteront 9,5 milliards de dollars à GM, contre une participation de 12% au capital. Le reste du capital sera détenu par le syndicat des salariés de l'automobile (UAW) et par les créanciers.
Avec ce nouveau prêt, l'administration américaine aura dépensé près de 50 milliards de dollars pour sauver une icône de l'industrie, après avoir prêté près de 20 milliards de dollars. Selon des officiels de l'administration qui n'ont pas souhaité être identifiés, c'est la dernière aide que reçoit GM du contribuable américain.
"La pilule est amère. C'est un peu comme le naufrage du Titanic", explique Stephen Pope, stratégiste chez Cantor Fitzgeral à l'agence Bloomberg. "S'ils avaient décidé la faillite il y a un an, leur situation aurait été bien meilleure avant que l'économie n'entre en récession".
Restructuration
Le dossier est confié au juge Robert Gerber, déjà en charge de la faillite du groupe chimique Lyondell Basell et de BearingPoint. Parmi les principaux créanciers de GM figurent Wilmington Trust Co., représentant des créanciers détenant 22,8 milliards de dollars; International Union; la United Automobile, Aerospace and Agricultural Implement Workers of America (20,6 milliards), ou Deutsche Bank (4,4 milliards).
D'après les responsables ayant briefé des journalistes à Washington, GM devrait fermer 11 usines et en arrêter 3 autres. La faillite de GM clôture donc des mois de tergiversation et d'âpres négociations avec les syndicats, les pouvoirs publics et les créanciers de l'entreprise.
GM devrait rester sous le régime de protection du chapitre 11 entre 60 et 90 jours, avant que ses actifs viables ne soient transférés à une nouvelle entité, portant le même nom. Déjà, Opel, actif central du constructeur en Europe, fait l'objet d'une cession au canadian Magna. La procédure du chapitre 11 devrait permettre d'apurer plus de la moitié des dettes de l'entreprise et abaisser ainsi son seuil de rentabilité, qui détermine le niveau minimum de ventes que doit réaliser le constructeur pour gagner de l'argent.
Selon un plan stratégique présenté le mois dernier, GM prévoit d'être profitable même si le marché américain automobile n'est que de 10 millions de véhicules, alors que jusqu'ici il fallait que ce marché se situe à 16 millions de véhicules pour que le constructeur gagne sa vie. Selon les dernières statistiques publiées, les ventes d'automobiles aux Etats-Unis devraient se situer cette année entre 9 et 10 millions d'unités.
Gouvernance
L'administration Obama n'a pas l'intention de gérer l'entreprise au quotidien. Après avoir obtenu la tête du précédent PDG de General Motors, elle se contentera de nommer une majorité des membres du conseil d'administration, qui seront tous des hommes d'affaires ou des dirigeants d'entreprises d'autres secteurs d'activité. Aucun employé public ne devrait siéger au board de General Motors. Le Canada aura un représentant, de même que l'UAW, mais son représentant ne pourra pas prendre part aux votes du conseil d'administration.
Les pouvoirs publics américains ont apparemment hésité à prendre le contrôle capitalistique de l'un des plus gros employeurs du pays. Cette décision est motivée par la volonté de s'assurer que l'argent du contribuable employé à sauver GM sera remboursé. Comme l'explique un responsable américain, "c'est une conséquence logique du processus de restructuration et la volonté de désendetter GM de manière significative."
















