L'heure du lancement officiel de la réforme de la régulation du système financier approche. Aujourd'hui, Barack Obama présente les grandes lignes de l'un des dossiers majeurs de sa présidence, qui devrait s'articuler autour des cinq axes mentionnés lundi 15 juin dans une tribune par Timothy Geithner et Lawrence Summers.
"Nous allons présenter une série de mesures de régulation très fortes qui, selon nous, seront à même d'empêcher qu'une telle crise ne se reproduise", a dit mardi 16 juin Barack Obama lors d'une apparition devant la presse avec son homologue sud-coréen Lee Myung-Bak à la Maison Blanche.
Ces nouvelles dispositions vont être rendues publiques mercredi 17 juin, mais la teneur et les grandes lignes des pistes de réflexion ont déjà été données par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner et le directeur du Conseil économique national Lawrence Summers, dans une tribune publiée dans le Washington Post.
"L'organisation de notre régulation financière est truffée de vides, de faiblesses et de doublons juridictionnels, et souffre d'une conception dépassée du risque financier", ont diagnostiqué les deux dirigeants. Afin d'y remédier, il s'agit selon eux de résoudre cinq problèmes clef de la régulation financière américaine, qui "ont joué un rôle direct dans le développement et l'aggravation de la crise actuelle".
En premier lieu, il s'agira de mettre en place une régulation non plus seulement microprudentielle, mais également macroprudentielle. "Les régulations existantes se concentrent sur la sécurité et la solidité des institutions [financières] prises individuellement, mais pas sur la stabilité du système dans son ensemble". Parmi les ébauches de solutions envisagées, des ratios de capitalisation et de liquidité globalement plus élevés, et encore renforcés dans le cas des plus grands établissements.
Deuxièmement, "la structure du système financier a changé, à la suite de la croissance exponentielle des activités financières ne relevant pas des banques traditionnelles, comme les asset-backed securities", ces produits issus de la titrisation.
Permettant aux établissements financiers de se débarrasser des prêts concédés aux agents économiques, pour en octroyer toujours plus, cette technique doit voir sa régulation renforcer. Outre des rapports de gestion renforcés, les professionnels du secteur pourraient également devoir porter une part des risques au lieu de tous les céder, pour éviter les excès. Sont également dans la ligne de mire les contrats "futurs", ainsi que les marchés de gré à gré qui échappent pour l'instant à tout contrôle.
Troisièmement, il s'agira d'améliorer la protection des consommateurs de produits financiers, depuis les cartes de crédit jusqu'aux fameux crédits hypothécaires subprimes. Dans la lignée des précédentes déclarations de Barack Obama, qui s'est engagé à réformer le marché du crédit, cette crise "a révélé l'inadéquation de la protection des consommateurs à travers une large gamme de produits financiers", explique Timothy Geithner et Lawrence Summers. L'administration Obama souhaite également améliorer la sécurité des investisseurs, floués en particulier dans les affaires Madoff et Stanford.
Ces deux dernières affaires et le scandale AIG ont par ailleurs posé la question de la multiplicité des organes de régulation américains, éclatés notamment entre la Fed, la FDIC et la SEC. La refonte des organes de régulation, autour de l'autorité de la Fed, est l'une des configurations envisagées pour régler ce quatrième problème: l'éclatement des pouvoirs de régulation.
Enfin, l'administration estime que ses réformes "n'auront que peu de poids si nous échouons à relever les standards internationaux en même temps que les nôtres. Nous seront les leaders de l'amélioration de la régulation et de la supervision à travers le monde". Ce chantier est probablement le plus ambitieux.
















