La crise des subprimes, qui a éclatée au début de 2007, était-elle prévisible? Dans une étude de la Banque de réserve fédérale de Cleveland, l'économiste Yuliya Demyanyk estime en tout cas que les excès qui ont mené à l'augmentation considérable des crédits impayés sur ce type de prêt étaient visibles depuis plusieurs années et que certains professionnels en étaient conscients.
Selon l'étude publiée mercredi, les acteurs du secteur ne pouvaient ignorer qu'une crise majeure se profilait à l'horizon. "Les emprunteurs peuvent facilement changer de maison et de contrat de prêt hypothécaire dans un environnement très porteur, et les défauts de paiement ne se produisent pas aussi fréquemment qu'ils le feraient sans ce boom économique", écrit Yuliya Demyanyk dans un commentaire intitulé "Dix mythes sur les prêts hypothécaires à risque".
L'économiste conclut que "les signes d'une crise en préparation ont été masqués entre 2001 et 2005 par la hausse des prix immobiliers". Selon des calculs extrapolés, la scientifique explique en effet que les défauts de paiement ont augmenté continûment pendant les 6 dernières années précédant la crise.
"La détérioration de l'environnement est aujourd'hui rétrospectivement observable à l'aide d'outils statistiques, mais elle était également connu dans une certaine mesure par ceux qui titrisaient ces créances hypothécaires", juge Yuliya Demyanyk. La titrisation est une technique qui consiste à revendre sur le marché des créances regroupées au sein de produits complexes, pour ne plus en supporter le risque.
Correction du marché imminente
Face à la hausse des impayés, les professionnels ont d'ailleurs ajusté à la hausse les taux d'intérêts proposés dans le cadre des crédits subprimes. "Pour faire court, les prévisions des prêteurs quant à la hausse du risque de défauts de paiement massifs chez les emprunteurs subprime s'affinaient depuis des années", écrit l'économiste.
Yuliya Demyanyk admet cependant qu'il "est difficile de penser que cette crise et sa gravité était anticipée par quiconque". "Les statistiques démontrent, pourtant, que certains participants étaient vraisemblablement conscients de l'imminence d'une correction du marché".
Cette thèse confirme les propos tenu par l'ancien directeur des risques de Countrywide, l'une des firmes les plus importantes du marché des subprimes et l'une des premières victimes de la crise. Lors d'une conférence organisée par la Fed de Chicago, John McMurray avait détaillé dans une présentation de 29 pages contenant graphiques et schémas les risques représentés par ces prêts de plus en plus importants, avec des évaluations de profils de risque de plus en plus médiocres et une documentation minimale. Le tout devant des industriels, des universitaires, des investisseurs et… des responsables de la Fed.




















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