Dans son étude de la crise des subprimes, Yuliya Demyanyk, économiste à la Banque de réserve fédérale de Cleveland, a passé en revue les "dix mythes sur les prêts hypothécaires à risque". Morceaux choisis.

Mythe 1: Les prêts hypothécaires à risque ont seulement été proposés à des emprunteurs en difficulté.

"Le mythe selon lequel les subprimes ont été proposés aux personnes à risque s'est développé à partir d'une vision trop large par rapport à la complexité de ce marché, et du fait que les prêts hypothécaires à risque sont définis de plusieurs manières".

Mythe 2: Les prêts hypothécaires à risque ont promu l'accès à la propriété.

"Etant donné qu'il y a eu plus de défauts de paiement parmi tous les accédants à la propriété ayant eu recours à un prêt subprime qu'il n'y en a eu parmi les seuls primo accédants ayant eu recours à un prêt subprime, il est impossible de conclure que les prêts à risque ont favorisé l'accès à la propriété".

Mythe 3: La baisse des prix immobiliers a provoqué la crise des subprimes aux Etats-Unis.

"Le déclin des prix immobiliers a seulement révélé les problèmes des prêts hypothécaires à risque; il n'a pas causé les défauts de paiement. Les recherches montrent que la qualité des nouveaux prêts hypothécaires s'est dégradée chaque année entre 2001 et 2007; la crise était en préparation depuis plusieurs années quand les prix ont commencé à baisser".

Mythe 4: L'évaluation de plus en plus médiocre des profils de risque pour l'octroi des crédits a déclenché la crise.

"Si la dégradation des standards d'évaluation du risque doivent expliquer ce phénomène (de doublement des défauts de paiement, ndlr), nous pourrions observer un allégement sensible des conditions d'octroi des prêts entre 2001-2005 et 2006-2007, période entre lesquelles les taux de défaut ont doublé. Les données, cependant, ne montre aucun changement de ce type".

Mythe 5: Les défauts sur les prêts hypothécaires à risque s'expliquent par la monétisation des actifs immobiliers.

"Les crédits hypothécaires qui ont été émis pour obtenir de nouveaux financements (refinancement de crédit, travaux immobiliers, paiement de factures, achats de biens et de services, ndlr) se sont en fait mieux comportés que ceux émis seulement pour l'achat d'une maison".

Mythe 6: Les défauts sur les prêts hypothécaires à risque proviennent des taux d'intérêt variables.

"Les crédits à taux fixe ont montré les mêmes signes de dégradation de leur qualité que ceux à taux variables.Ces évolutions ont été constatées au même moment pour les deux types de prêts; il n'est pas correct de conclure que les crédits à taux fixe ont commencé à enregistrer des défauts de paiement après que la crise a été déclenchée par les crédits à taux variable".

Mythe 7: Les emprunteurs ont été attirés vers les prêts hypothécaires à risque "hybrides" grâce à des taux avantageux.

"Les taux moyens des crédits hypothécaires à risque hybrides (produits combinant des taux fixes et de taux variables, ndlr) oscillaient entre 7,3% et 9,7% entre 2001 et 2007 (...). Ces chiffres sont loin d'être avantageux".

Mythe 8: La crise des subprimes aux Etats-Unis était totalement imprévisible.

"Les prévisions des prêteurs quant à la hausse du risque de défauts de paiement massifs chez les emprunteurs subprime s'affinaient depuis des années avant la crise; très probablement, ce n'est pas la crise qui était inattendue, c'était le moment où elle éclaterait et son ampleur".

Mythe 9: La crise des subprimes américaine est une première historique.

"L'Argentine en 1980, le Chili en 1982, la Suède, la Norvège et la Finlande en 1992, le Mexique en 1994, ainsi que la Thailande, l'Indonésie et la Corée du Sud en 1997 ont tous connu des crises équivalentes (...). Les Etats-Unis, eux aussi, ont affronté des épisodes similaires, bien qu'à plus petite échelle: une crise des prêts agricoles dans les années 80 et une autre concernant l'immobilier commercial dans les années 90".

Mythe 10: Le marché des crédit subprimes était trop petit pour causer des problèmes

"La réponse est à chercher dans la complexité du marché des prêts titrisés dérivés des crédits hypothécaires à risque. (...) Chaque étape de titrisation a augmenté l'effet de levier des institutions financières (qui achetaient ces créances titrisées à crédit, ndlr). (...) Avec l'augmentation du levier et l'incapacité d'évaluer ces titres, l'incertitude sur la solvabilité d'un grand nombre de sociétés financières a grimpé".