"Le G20 est une mascarade qui s'inscrit dans les shows médiatiques de Washington et de Londres [lieux des précédentes réunions du G20]", a fustigé Dominique Plihon, économiste et président du conseil scientifique (CS) d'ATTAC (Assocation pour la Taxation des Transactions pour l'Aide aux Citoyens), lors d'une conférence de presse organisée mercredi par l'association altermondialiste.

Le G20, une instance illégitime

Pour l'économiste, les dirigeants des 20 pays les plus puissants "ne sont pas légitimes à gouverner l'ensemble de la planète". Il propose de mettre les Nations Unies au cœur des réformes prises au niveau mondial. Une sorte de "G192" où mêmes les Etats les plus pauvres pourraient faire entendre leurs revendications.

Réguler pour mieux régner

"Le G20 et Sarkozy cherchent à financer les riches de ce monde", estime Thomas Coutrot, économiste et membre du conseil scientifique de l'association. Pour lui, la régulation ne doit pas pérenniser la domination de la finance, mais elle doit en venir à bout.

Les critiques d'ATTAC contre les banques et les financiers, responsables de la crise financière et de la récession qui s'en est suivie, sont virulentes. "Il faut en finir avec les activités financières qui sont socialement inutiles parce qu'elles ont des conséquences dramatiques sur la vie des populations", affirme ATTAC. L'organisation doute d'ailleurs de l'efficacité des réformes adoptées à Pittsburgh pour résoudre la crise et faire changer les banquiers de comportements.

Inefficacité

"Les annonces tonitruantes de Londres sont une gigantesque tromperie. En ce qui concerne les paradis fiscaux par exemple, Monaco est passé de la liste grise à la liste blanche de l'OCDE, parce qu'elle a promis d'échanger ses informations bancaires… avec d'autres paradis fiscaux, comme le Liechtenstein!", a-t-il expliqué. L'association prône "de véritables sanctions contre les banques, les entreprises et les Etats non coopératifs".

Dominique Plihon regrette que le rapport Stiglitz, dont il vante les mérites, ne soit pas pris en compte dans les négociations qui débuteront demain.

L'innovation financière en ligne de mire

L'assocation accuse les "innovations financières", qui déstabilisent les marchés financiers. Ils plaident pour la suppression des hedges funds et des marchés de gré à gré et pour un strict encadrement des produits dérivés et de la titrisation. "Il faut pénaliser le droit financier et le droit des affaires", affirme l'économiste. Selon lui, le G20 ne va traiter que le problème des bonus accordés aux traders, mais "le réel scandale se trouve autre part: c'est le niveau des profits des banques qui est excessif".

ATTAC milite pour la création d'un "pôle bancaire public", en plaçant notamment un administrateur de l'Etat dans les conseils d'administration des banques qui ont bénéficié de l'argent public.

Taxes globales pour réduire les inégalités

Pour contrer la montée des inégalités, liées à la crise financière, l'association propose "d'utiliser les fiscalités". Plusieurs innovations fiscales ont été évoquées, parmi lesquelles: un impôt progressif sur le revenu, où l'écart maximum entre les plus hauts et les plus bas salaires irait de 1 à 5, une taxe globale sur les transactions financières, à l'image de la "taxe Chirac" sur les billets d'avion.

ATTAC est très favorable à la taxe Tobin, mais contrairement à la volonté du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, "elle ne doit pas être facultative"! A contrario, les deux économistes sont opposés à la taxe carbone.

Réduire les inégalités suppose également, selon l'association, de "garantir un revenu minimum à tout être humain". Ils estiment qu'en France, ce dernier devrait avoisiner le montant du SMIC.