E24: La crise de paiement à Dubaï a surpris les marchés. Pouvait-on s'y attendre?

Depuis l'aggravation de la crise financière et la chute de Lehmann Brothers le 15 septembre 2008, la bulle immobilière de Dubaï est devenue menaçante.

Le crédit crunch (resserrement violent du crédit, ndlr) qui a suivi, a été fatal pour Dubaï dont les grands projets de développement ont été financés par des emprunts bancaires à l'étranger contrairement à l'émirat voisin d'Abu Dhabi qui profite de revenus pétroliers.

L'encours de la dette souveraine et des entreprises publiques de Dubaï atteint aujourd'hui 80 milliards de dollars soit environ 100% du PIB. Et Dubaï doit rembourser environ 18 milliards de dettes par an d'ici à 2014.

Dès la fin de l'année 2008, nous étions inquiets par cette situation et en janvier 2009 Coface a placé une surveillance négative sur la note A2

Cela étant, les investisseurs ont été rassurés après la souscription en février 2009 par Abu Dhabi de l'emprunt lancé par Dubaï pour un montant de 10 milliards de dollars, matérialisant ainsi la garantie implicite de l'émirat puissant de la fédération des Emirats Arabes Unis. Les investisseurs pouvaient croire à une protection d'Abu Dhabi en 2009 avant une reprise des affaires en 2010.

10 autres milliards étaient attendus avant la fin de l'année. La moitié de cette somme a été souscrite par Abu Dhabi à la veille de l'annonce de Dubaï World (groupe d'investissement lié au gouvernement de Dubaï) de sa demande de moratoire de 6 mois de sa dette (estimée à 59 milliards de dollars). Cette restructuration affecte notamment à court terme le paiement d'une échéance de 3,52 milliards de dollars due le 14 décembre par Nakheel (filiale de DW) au titre d'un emprunt islamique . (sukuk)

Dubaï peut-il sortir de cette crise avec ou sans le soutien d'Abu Dhabi?

Dubaï a besoin du soutien d'Abu Dhabi qui a pu consolider au cours des dernières années sa situation financière grâce aux revenus pétroliers.

Dubaï pourrait encore bénéficier du soutien financier d'Abu Dhabi mais pas à n'importe quel prix. Abu Dhabi pourrait soutenir les entreprises publiques de Dubaï mais à certaines conditions. Toutes les entreprises publiques pourraient ne pas pouvoir y prétendre.

Par ailleurs, la demande de moratoire de Dubaï World a créé une panique sur les marchés qui craignent par-dessus tout l'incertitude et qui y voient un risque de défaut de paiement de l'émirat. Mais on peut aussi y voir une vraie volonté de gérer l'endettement des entreprises publiques de la part de l'émirat.

Dans l'avenir, le modèle de développement de Dubaï n'est pas fondamentalement remis en cause. La crise venant essentiellement de l'extérieur, par le canal financier. La croissance de l'immobilier est allée trop vite, c'est vrai. Mais personne ne pouvait annoncer l'ampleur du le crédit crunch.

Quelles sont les répercussions possibles pour les entreprises installées à Dubaï?

Le secteur le plus touché reste celui de l'immobilier. L'éclatement de la bulle immobilière affecte toutes les entreprises du secteur et des retards ou des défauts de paiement pourraient être plus fréquents. Par ailleurs certaines banques, de Dubaï en particulier, qui ont enregistré une croissance rapide des crédits privés au cours des dernières années, sont très engagées directement ou indirectement sur le secteur de l'immobilier. La qualité de leurs actifs et leur rentabilité se sont dégradés.

Les banques très endettées en devises pourraient être fragilisées si elles ne parvenaient pas à renouveler leurs crédits. Mais il est probable que le système financier sera soutenu par les autorités comme en témoigne déjà les consolidations prévues à l'échelon fédéral.