Le président américain a le sens de la Bourse. En jargon professionnel, on parle de "market timing" -cette capacité d'intervenir au bon moment sur les marchés.
Le 3 mars dernier, Barack Obama conseillait d'acheter des actions. "Ce que vous voyez maintenant, ce sont des ratios de profit et de capitalisation qui commencent à être à un point où acheter des actions s'avère une bonne affaire, si vous avez une perspective de long terme", affirmait-il devant les médias au cours d'une rencontre avec le premier ministre britannique Gordon Brown à Washington. Quel nez! Le 6 mars, l'indice S&P 500 tombait à un plus bas de séance de 666 points. Jeudi, en clôture, il cotait… 1.087 points, enregistrant ainsi un bond de 63%.
Discours de circonstance
Le 18 novembre dernier, au cours d'un entretien accordé à la chaîne de télévision Fox News, lors d'un déplacement à Pékin, le président américain adoptait une vision plus prudente sur l'évolution de l'économie et des marchés, évoquant clairement le risque de "double récession" ("double dip"), en raison de l'accumulation de dettes publiques.
"Je crois qu'il est important de reconnaître que si l'on continue à accumuler des dettes, même en pleine reprise économique, à un certain moment, les gens pourraient perdre confiance dans l'économie américaine, ce qui pourrait conduire à une rechute", a-t-il déclaré. Un discours de rigueur, tenu en Chine, pays qui est aujourd'hui le premier créancier de l'Amérique. Mais un message qui colle lui aussi avec le sentiment des boursiers. Le 18 novembre, l'indice S&P 500 cotait à son plus haut niveau de l'année (1.110 points), niveau qu'il n'a, pour l'instant, pas réussi à franchir, en raison des nombreuses incertitudes qui pèsent sur la vigueur de la reprise.
Redonner confiance
Les propos d'Obama collent de manière assez juste avec les anticipations des investisseurs. Entre mars et septembre 2009, les marchés ont fait deux choses: effacer le sentiment de peur-panique, qui dominait largement après la faillite de Lehman Brothers, et acter les signes de moindre détérioration de l'activité (les "jeunes pousses" ou "green shoots").
Si de nombreux investisseurs ont eu le sentiment que la reprise était au coin de la rue, Obama fait un astucieux rappel à l'ordre. L'économie mondiale n'est pas encore tirée d'affaire, car les poids lourds que sont les pays industrialisés -Etats-Unis en tête- n'envisagent aujourd'hui qu'une reprise molle, contrairement aux pays émergents.
Aujourd'hui, les investisseurs se demandent quelle sera la stratégie de sortie et d'arrêt des différents mécanismes de soutien à l'économie. Le mouvement de remontée des taux d'intérêt n'est attendu qu'à la fin de l'année prochaine. Mais d'ici là, comment les gouvernements vont-ils faire pour réduire leurs dettes ? Cette stratégie de sortie de crise jouera un rôle crucial sur le moral des ménages et des entrepreneurs, et conditionnera en grande partie la poursuite du rebond.
Or, soutenir les Bourses est un impératif pour le président américain. Les actions sont, avec l'immobilier, les principaux piliers du patrimoine des ménages américains. Entre fin 2007 et fin juin 2009, celui-ci a chuté de 14% selon les statistiques de la Fed. Alors que les prix de l'immobilier sont encore loin de se redresser et que le taux de chômage progresse, la remontée du cours des actions peut contribuer à redonner, au moins temporairement, du baume au coeur des ménages et les inciter à consommer un peu plus.
















