La réforme de la régulation financière engagée aux Etats-Unis va trop vite et risque d'avoir des effets indésirables, a estimé vendredi Charles Plosser, un des dirigeants de la banque centrale américaine (Fed).

"La course à la réforme ne servira pas bien les intérêts du pays", a déclaré M. Plosser lors d'un discours à Philadelphie (Nord-Est des Etats-Unis), estimant que la hâte des législateurs risquait de déboucher sur des "décisions erronées ou mal avisées".

Désaccord

M. Plosser marque ainsi son désaccord avec la politique de la Maison Blanche, pour qui il faut battre le fer tant qu'il est chaud et saisir l'occasion donnée par la crise pour mener rapidement à bien une réforme de la régulation financière dont personne ne remet en cause la nécessité.

Le gouvernement a engagé au premier semestre un projet de refonte radicale, actuellement étudié au Congrès, et souhaite qu'il soit traduit dans la loi d'ici à la fin de l'année.

Mais pour M. Plosser, la crise est encore trop fraîche pour que l'on puisse en tirer des conclusions définitives. Il faut "rester modeste sur ce que nous savons et réalistes sur ce que nous pouvons espérer réaliser", a-t-il dit, selon le texte de son discours transmis à la presse. "Il est mal avisé de réaliser une réforme politique majeure sur la base de détails et d'histoires qui ne sont pas encore passées au crible d'une analyse rigoureuse", a-t-il ajouté.

Une réforme nécessaire

Pour lui, "hâter [les choses] directement au sortir d'une crise risque de déboucher sur des décisions aux conséquences inattendues". S'il y a une leçon que l'on peut déjà tirer de la crise, a-t-il néanmoins concédé, c'est qu'il faut résoudre le problème de l'"aléa moral" qui incite les plus grandes entreprises financières à croire que l'Etat leur sauvera systématiquement la mise.

Ce problème, a-t-il dit, a été exacerbé pendant la crise par le secours apporté par la Fed et le Trésor au plus grandes institutions financières du pays. L'autre leçon, a-t-il dit, c'est que "les régulateurs ne sont pas parfaits" et qu'il convient par conséquent de renforcer "la discipline du marché" plus que de se reposer sur de nouvelles règles que serait charger de faire appliquer l'Etat.