La crise pourrait-elle en cacher une autre? Le sauvetage des économies des pays riches en 2009 s'est traduit par l'inondation de liquidités et de fonds publics des marchés. Les Etats ayant repris à leur compte le problème de la dette privée font désormais face à leur propre problème de la dette.
Le coup de balancier des autorités publiques – nécessaire pour éviter une dépression - aura-t-il été néanmoins trop violent? Les marchés continueront t-ils de prêter aux Etats?
Car les pays de la zone OCDE ont tous creusé massivement leurs déficits. De fait, entre 2008 et 2011, le poids de la dette publique de ces pays devrait augmenter de 25 points de PIB. La France va émettre 188 milliards de dettes nouvelles en 2010.
Les banques centrales ont aussi baissé rapidement leurs taux directeurs à des nivaux planchers, ouvrant largement les vannes du crédit et ont racheté les actifs pourris des banques. La taille du bilan de la Fed a ainsi doublé en un an. Enfin, les entreprises et les institutions financières ont eux aussi eu recours aux obligations soit pour se financer quand les marchés des actions et du crédit bancaire étaient en pleine déconfiture soit pour assainir leurs bilans.
Krach obligataire?
Le marché obligataire a été très vigoureux cette année, nous explique Alain Gallois, responsable du marché primaire du crédit à Natixis.
Un krach obligataire se profilerait si les taux de long terme remontaient brusquement.
Dès le début de l'année 2009, cette crainte a été soulevée par les économistes et stratégistes. Mais le risque de déflation était encore bien présent, justifiant pleinement l'intervention des Etats et éloignant la possibilité d'une hausse du loyer de l'argent. Aujourd'hui, les perspectives économiques se sont nettement améliorées, surtout sur les marchés qui renouent avec un fort à l'optimisme. Le risque revient donc.
Scénarii
Dans quelles conditions les taux remonteraient?
Si la croissance se redresse en 2010 et un regain d'inflation se fait sentir, les banques centrales pourraient remonter leurs taux directeurs dans une optique de sortie de crise. Si l'effet de valeur refuge qui a favorisé les obligations d'Etat pourrait se retourner à mesure que les Bourses se redressent en 2010. Les taux devraient alors s'élever.
Si l'endettement des Etats a créé un effet d'éviction de la dette des agents privés, cela entraînerait un excès d'offre d'obligations sur les marchés.
Enfin et surtout, si la soutenabilité des finances publiques des Etats était mise en doute par les marchés, cela pourrait conduire à une hausse brutale des primes de risques liées à l'émission de la dette des pays. Le renchérissement croissant du coût de la dette placerait les Etats dans une situation de plus en plus délicate.
Deux économistes, Alain Gallois, responsable du marché primaire du crédit à Natixis et Michel Santi, économiste et analyste indépendant, répondent à ces questions pour E24. Ils pensent tous les deux que le marché obligataire a connu une croissance fulgurante mais que le risque de krach est écarté. pour l'un la bulle va continuer à enfler, pour l'autre, elle se dégonfle.





















