Fallait-il laisser tomber Lehman? Apparemment, non. Ce fut même une "erreur", aux dires de Christine Lagarde, la ministre française de l'économie et des finances. Il faut noter que depuis l'annonce officielle de la faillite de la quatrième banques d'affaires américaine, rien ne va plus sur les marchés financiers. Petit retour en arrière.

Le 15 septembre au matin, c'est la douche froide sur les marchés mondiaux. Lehman Brothers se place sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Au siège de la banque, les employés, qui détiennent 30% du capital, font leurs cartons. Malgré l'annonce par son PDG Richard Fuld d'un plan de cessions d'actifs pour se tirer d'affaires quelques jours auparavant, le marché reste sceptique, faisant plonger son cours de Bourse. Durant le week-end, un "sauvetage de place" sous l'égide de la Fed, du Trésor américain et du gendarme boursier (SEC) est tenté, avec notamment un repreneur potentiel – le britannique Barclays. Mais il échoue. La raison? Les pouvoirs publics refusent d'apporter leur garantie au rachat, comme dans le cas du rachat de Bear Sterns par JP Morgan. Le même jour, on apprend que Bank of America, une banque universelle dont le siège est situé à Charlotte, une ville de l'Amérique profonde, s'offre Merrill Lynch, une star déchue de Wall Street, pour 50 milliards de dollars.

Très vite, les choses s'emballent. Trois jours plus tard, l'assureur américain AIG obtient 85 milliards de dollars des pouvoirs publics en contrepartie de sa nationalisation. Un choc au pays du libéralisme. Mais ce n'est pas tout, la faillite de Lehman coûte cher à d'autres intervenants, notamment des gérants de fonds monétaires, pourtant jugés sûrs. L'un des plus gros intervenant, Reserve Primary Fund, doté de 65 milliards de dollars, voit le cours de son action chuter sous 1 dollar. Du coup, les fonds monétaires considérés comme une source de protection avec les obligations d'Etat, commence à subir des retraits.

L'onde de choc ne s'arrête pas là, puisque le doute touche même des banques apparemment plus solides, comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley. Ces denières doivent changer de statut pour pouvoir avoir accès aux facilités de crédit fournies par la Réserve fédérale. Et moins d'une semaine après la faillite de Lehman, un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars est annoncé, et après moultes tumultes au Congrès, finit par être voté début octobre.

La crise n'est toutefois pas enrayée, puisque mardi 7 octobre, la Fed annonce qu'elle va prêter des fonds directement au secteur non financier, une première. En gros, le marché des titres de dette à court terme non garantis ("commercial paper") est gelé. Il lui faut un substitut. Là encore une conséquence de la faillite de Lehman, puisque les acquéreurs traditionnels de ce type de papier commercial étaient justement les fonds monétaires… La boucle est bouclée, mais la crise est encore loin d'être enrayée.