Au départ, un schéma présumé frauduleux organisé par une personne, Bernard Madoff, lequel promettait la lune à des clients pas assez regardants et ayant l'impression de faire partie d'un groupe privilégié d'investisseurs "sophistiqués".

Au final, plusieurs riches particuliers, des hommes d'affaires, mais également des fondations et des institutions financières ont perdu de grosses sommes d'argent - 50 milliards de dollars au total selon l'estimation du gendarme de la Bourse américain (la Securities and Exchange Commission, SEC). Bernard Madoff a été arrêté jeudi 11 décembre puis relâché contre une caution de 10 millions de dollars, gagée sur son appartement à Manhattan. Selon l'agence Bloomberg, 24 milliards de dollars de pertes ont déjà été reconnues ou rapportées par divers organes de presse de par le monde.

Madoff était le fondateur et plus gros actionnaire de la société Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, dont l'activité principale consistait à jouer le rôle d'intermédiaire entre vendeurs et acheteurs d'actions cotées en Bourse. L'homme avait en outre une activité de conseil en investissement qui gérait l'argent de riches clients, de gérants alternatifs et d'autres institutions, à l'origine du scandale.

Bienvenue au club

L'une des raisons du succès de Madoff tient au sentiment "privilégié" que ses clients pouvaient avoir en confiant leur argent. Pouvoir investir dans les fonds de sa société de gestion leur permettait de faire partie d'une sorte de "club", et d'avoir accès à un investisseur capable d'afficher un rendement mensuel régulier compris entre 0% et 2%, quel que soit l'état des marchés financiers.

Des années de croissance régulière des Bourses ont attiré vers l'industrie des hedge funds des centaines de milliards de dollars d'actifs à gérer pour le compte de riches clients particuliers mais aussi pour des caisses de retraite, des sociétés de gestion, des banques et des compagnies d'assurance. Jusqu'à cette année, les hedge funds étaient réputés capables de déconnecter leur performance de l'ambiance générale des marchés financiers. L'année 2008 s'est avérée un contre-exemple majeur, et constitue même la plus grave crise dans l'histoire de cette industrie.

Manque de transparence

Le problème est que les fonds qui affichent de telles performances sont souvent des "boîtes noires", qui, de plus, sont enregistrées dans des paradis fiscaux. La SEC, qui n'a visiblement pas réagi à plusieurs alertes, n'a en outre qu'un pouvoir de contrôle limité sur ces sociétés.

En matière de régulation des hedge funds, l'autorité boursière américaine comptait d'ailleurs sur les banques pour assurer l'auto-régulation du système financier. Les banques jouent en effet le rôle de prêteur de titres et de liquidités ("prime broker" en anglais) pour permettre aux hedge funds d'intervenir sur les marchés.

La crise devrait remettre en cause ce fonctionnement, de nombreux politiques demandant qu'une régulation plus stricte de la partie "ombragée" du système financier, dont les hedge funds et les fonds d'investissement font partie, soit mise en œuvre.

Dans le cas de Madoff, l'obscurantisme touchait non seulement les clients, mais également les proches collaborateurs. Ses deux fils, qui ne travaillaient pas dans la filiale de gestion d'actifs de la société de Bernard Madoff, auraient appris l'ampleur de la fraude mercredi dernier, avant d'avertir les autorités et conduire à l'arrestation de leur père jeudi 11 décembre.

L'affaire est désormais entre les mains de la justice, sous la houlette du juge Louis Stanton.

A n'en pas douter, ce scandale risque de ternir un peu plus l'image de la finance internationale, après les effets de la crise des subprime.