Chaque discipline a ses pionniers, ses inventeurs. Dans le cas des escroqueries financières, le système mis en place depuis plus de quarante ans par Bernard Madoff, qui a éclaté jeudi 11 décembre dernier, s'inspire du dispositif pyramidal autrefois utilisé par Charles Ponzi.
Arrivé au début du siècle aux Etats-Unis, cet immigrant italien sans le sous a une idée au début de l'année 1920. Il crée une société de collecte de fonds proposant aux déposants un retour sur investissement de 40% sous 90 jours, provenant de l'arbitrage sur le prix des coupons de réponse internationaux postaux.
Mis en place en 1907, ces timbres universels permettaient d'affranchir une lettre depuis n'importe lequel des Etats-membres de l'Union Postale Universelle.
Ponzi expliqua à ses clients que la différence entre le prix d'achat d'un coupon, par exemple un centime en France, et le prix de revente à l'US Postal leur permettrait un gain conséquent et rapide, fondé sur la dévaluation des monnaies européennes après la première guerre mondiale. Un argument commercial qui, complété par le bouche-à-oreille entretenu par les nombreux clients satisfaits, permit à l'escroc de collecter plusieurs millions de dollars.
Déshabiller Pierre pour habiller Paul
Mais derrière cette façade, la réalité était tout autre. Les clients ne savaient pas que l'argent qu'ils recevaient provenait en réalité de nouveaux souscripteurs, et non des profits générés par l'activité de Ponzi. En d'autres termes, les nouveaux souscripteurs payaient les anciens et ainsi de suite.
Ponzi fut finalement perdu par son succès et le caractère artificiel de son activité. Devenu multimillionnaire, il attira les soupçons et une enquête révéla que l'ensemble des coupons de réponse internationaux en circulation dans le monde n'aurait pas permis à couvrir les remboursements de ses clients. Misant sur le fait qu'il réussirait à collecter plus d'argent qu'il ne devait en rembourser, il n'aurait en réalité acheté que pour 30 dollars de coupons…






















