Bernard Madoff a été arrêté par le FBI jeudi 11 décembre, mais les doutes sur la nature exacte de ses opérations financières courraient depuis longtemps au sein de la place de New York. Seulement, personne n'avait rien fait.
Il y a d'abord Harry Markopolos, un concurrent de Madoff, qui avait écrit en 1999 noir sur blanc à la Securities exchange commission (SEC): "Madoff securities n’est rien d’autre que la plus grande pyramide Ponzi au monde". La SEC n'avait pas donné suite. Le gendarme de la bourse new-yorkaise s'est montré particulièrement aveugle mais les observateurs clairvoyants ne manquaient pas. Il aurait suffi de les écouter .
Un travail à l'ancienne
Prenez Aksia, une société sppécialisée dans les conseils aux hedge funds. Aksia a réalisé l'année dernière une étude des fonds qui allouaient du capital à Madoff Securities. Il a ensuite explicitement recommandé à ses clients de ne pas investir dans les opérations de Madoff. Ce qui a mis la puce à l'oreille du dirigeant d'Aksia?: le fait que Madoff adressait par courrier à ses clients des exemplaires "papiers" de ses rapports d'investissement. Au lieu de leur fournir un accès électronique sécurisé à sa plateforme d'investissement, comme cela se fait généralement. Madoff expliquait qu'il travaillait "à l'ancienne".
Pourquoi la SEC, dont l'image est à nouveau affectée -elle n'avait pas besoin de ça en pleine crise financière- par le scandale, n'a-t-elle pas réagi à temps? Elle explique que la surveillance s'exerçait surtout sur l'activité de "broker" (courtier) de Bernard Madoff, alors que c'est l'affaire de conseil en investissement de celui-ci qui effectuait les rétributions pyramidales illégales. Cette sous structure n'a été enregistée à la SEC qu'en septembre 2006. Or, c'était elle le coeur de la fraude. Seulement 10% des conseillers en investissement enregistrés à la SEC sont vérifiés au moins une fois tous les trois ans et les nouveaux venus ne sont pas forcément inspectés lors de leur première année.
La SEC regardait ailleurs
En 2001, déjà, les performances de Madoff avaient attiré l'attention: seulement cinq mois de rendements négatifs sur une durée de 156 mois! Une constance admirable et surtout, suspecte. Mais la SEC regardait ailleurs. Elle jure pourtant avoir enquêté sur Madoff à deux reprises en 2005 et en 2007. En 2005, les inspecteurs avaient noté trois infractions à la règle qui fait obligation à un broker d'obtenir le meilleur prix pour ses clients. On sait maintenant pourquoi... En 2007, une fois l'enquète achevée, les inspecteurs n'ont pas jugé nécessaire de lancer une action en justice. Ce qui en dit long sur le seuil de tolérance de la SEC.
Les premiers indices sont en vérité beaucoup plus anciens. Le Wall Street Journal vient de republier un article du 16 décembre 1992. On y lit que la SEC avait ouvert à cette époque une enquête pour vérifier si les fonds de Bernard Madoff étaient bien réels. La conclusion avait été favorable pour le courtier. Cette année là aussi, des comptables avaient été poursuivis pour avoir levé des sommes auprès de résidents de Floride, et de les avoir grugés en promettant des rendements compris entre 13,5 % et 20 %. Ces sommes devaient être gérées par Bernard Madoff, dont la réputation était àlors à son zenith. Les deux comptables avaient été condamnés. Madoff n'avait pas été inquiété.

















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