Il incarnait le rêve américain, celui de la réussite par le travail et l'audace. "Bernard Madoff est, de longue date, l'un des leaders de l'industrie financière", et "une personne intègre", a déclaré au Wall Street Journal son avocat, malgré l'éclatement d'un des plus grands scandales que Wall Street ait connu. Celui d'une escroquerie "pyramidale" estimée à quelque 50 milliards de dollars, qui affecte par ricochet les plus grands établissements financiers de la planète.

Dénoncé par ses deux fils, qui disent n'avoir découvert que mercredi 10 décembre le subterfuge, Bernard Madoff s'est pourtant bâti une expérience du monde de la finance qui tient de la "success story". Né en 1938 dans le quartier new-yorkais du Queen's, il avait commencé sa carrière de trader dans les années 60, après avoir interrompu des études de droit, en créant sa société de courtage, la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC.

Jouant le rôle d'intermédiaire entre vendeurs et acheteurs d'actions cotées en Bourse, elle devint vite une des plus importantes sociétés de courtage et une affaire de famille, son frère, puis ses deux fils la rejoignant. Cette expérience et l'intuition que l'informatique allait jouer un rôle de plus en plus prépondérant dans la finance lui permit en outre de venir concurrencer sur son propre terrain le New York Stock Exchange, en augmentant considérablement le nombre d'ordres traités.

Pyramide de Ponzi gigantesque

Au début des années 90, ce succès va lui ouvrir les portes du Nasdaq Stock Market, dont il devient le président. Auréolé par sa renommée, Bernard Madoff développa en parallèle une activité de conseil et de gestion d'actifs, sur laquelle il restait très discret. Le financier avait ainsi pour habitude d'en abriter les "comptes" du fonds sous clef et restait très laconique quant à sa stratégie.

Proposant des retours sur investissement très avantageux, c'est cette activité qui est à l'origine du scandale. "Une gigantesque pyramide de Ponzi", selon les propos des deux fils de l'homme d'affaires, rapportés par l'ordre d'arrestation.

Malgré un article suspicieux de l'hebdomadaire Barron's paru en 2001, l'investisseur a continué à attirer des clients, mis en confiance par la renommée de ce grand-père sympathique, mécène et philanthrope à ses heures. Ce n'est qu'à la suite de la déconfiture des marchés en octobre 2008, et face aux demandes de retraits massifs des souscripteurs, que l'édifice s'écroule. Un cauchemar bien loin de la "happy end" à l'américaine.