L'affaire Madoff n'en finit plus. Après les banques françaises, c'est au tour des épargnants français ayant investi dans des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) d'essuyer les plâtres. "Un petit peu plus" de 500 millions d'euros "semblent menacés", a déclaré jeudi le secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers (AMF) Gérard Rameix sur France Info. Selon l'AMF, sur les 500 millions de pertes potentielles des OPCVM, seuls 8% concerneraient le grand public, soit 40 millions d'euros.

Quels sont les placements contaminés? Alors que Christine Lagarde se veut rassurante, le secrétaire général de l'AMF a simplement précisé qu'"un peu plus de 30 sociétés de gestion seraient concernés". Ces sociétés représentent une centaine de fonds sur les 11.000 existant en France. "Ces fonds-là avaient tout ou partie de leurs actifs dans les écritures de Madoff", c'est-à-dire investis dans les fonds du financier américain Bernard Madoff, accusé d'une escroquerie portant sur 50 milliards de dollars.

Mercredi 17 décembre, l'AMF avait expliqué dans un communiqué que les épargnants français qui ont investi dans des OPCVM pourraient perdre "plusieurs centaines de millions d'euros" à cause de la fraude Madoff. L'institution n'a en revanche pas listé les fonds en cause, ni la nature des investisseurs (ménages, particuliers fortunés, entreprises). Contactée par E24, l'AMF n'était pas directement disponible pour donner davantage de précisions.

L'AMF a en revanche recommandé aux sociétés gérant ces placements de "consulter systématiquement" les épargnants et les commissaires aux comptes de ces OPCVM. En premier lieu pour mettre en place les mesures adéquates pour gérer l'avenir de leurs fonds. Suivant la possibilité de valorisation des pertes, des mesures de "suspension des souscriptions et des rachats de parts ou actions de l'OPCVM" pourraient ainsi être mises en œuvre, dans l'attente d'éléments supplémentaires. Moyennant une valorisation "prudente", les sociétés de gestion pourraient également maintenir la liquidité de l'OPCVM. En clair, permettre aux épargnants de sortir de leur placement, avec comme contrepartie "une décote significative". Pour peu que l'exposition estimée du fonds soit supérieure à 5%, les "conditions posées par les articles L.214-19 (SICAV) et L.214-30 (FCP) du Code monétaire et financier pour la suspension des souscriptions et des rachats seront présumées réunies", a précisé l'AMF.

Ces dispositions, qui "doivent être prises sans délais", devraient ensuite ouvrir la voie à un éventuel "cantonnement" des positions incriminées, si leur impact est non quantifiable ou trop important. L'AMF "publiera dans les prochains jours un FAQ sur les modalités d'utilisation de ce dispositif". Les délais de ce processus, "qui peuvent ne pas être dans l'intérêt des porteurs", risquent malgré tout d'entraîner la liquidation de l'OPCVM.

Et les recours des victimes? L'Association française des usagers de banque (Afub), par la voix de son secrétaire général Serge Maître, a de son côté estimé que le premier réflexe des épargnants français devait être de "s'inquiéter" de la possible exposition de leurs placements aux fonds Madoff. "Le deuxième réflexe, c'est d'écrire une lettre" à sa société de gestion ou à sa banque "pour avoir la confirmation qu'aucun fonds Madoff ne se trouve dans le patrimoine du fonds commun de placement (FCP) ou du Sicav", a-t-il ajouté. Pour Jean-Jacques Defaix, président de l'Association d'aide contre les abus bancaires (Aacab), en cas de doute, le mieux est de contacter une association de consommateurs spécialisée dans la finance. Une fois mandatée, elle pourra mener une enquête, analyser les comptabilités et, le cas échéant, entamer si nécessaire une action en justice. "Cette affaire va s'étouffer tout de suite si on n'arrive pas à trouver des victimes. Sinon, elle durera plusieurs mois", précise-t-il. Et comme il s'agit de droit civil, "la prescrition est de 5 ans à partir de la révélation de la découverte", ajoute Jean-Jacques Defaix qui conseille néanmoins de ne pas attendre.

"On peut avoir des Sicav et FCP qui a priori ne sont pas exposés. Mais sous couvert de limiter les risques, on passe par des "fonds de fonds". Le problème, selon Serge Maître, c'est que c'est "le loup dans la bergerie". Les "fonds de fonds" sont des fonds d'investissement qui investissent eux-mêmes dans d'autres fonds afin de limiter les risques. Les OPCVM exposés à la fraude Madoff le seraient ainsi via ces "fonds de fonds". "S'il y a des Madoff mis dans des fonds, la responsabilité de la société de gestion est en cause dans la mesure où les fonds doivent être agréés. Ce qui ne semble pas être le cas des Madoff", explique Jean-Jacques Defaix. Mais pour lui, "il est trop tôt pour agir". Pour l'instant, cette affaire est "une nébuleuse".