On compte aujourd’hui sur les doigts de la main les observateurs qui ont senti à l'avance que "Bernie" Madoff était un escroc. Pourtant, longtemps avant que le monde entier sache que l’investisseur surdoué avait en réalité englouti 50 milliards de dollars dans une gigantesque pyramide de Ponzi, quelques esprits particulièrement acérés avaient tout deviné. Presque tout.
En 2001, Erin Arvedlund, une journaliste récemment recrutée par le magazine financier Barron’s, avait fait le tour des experts de Wall Street et plusieurs s’étaient confiés sur l’homme qui était déjà une star de la finance pour ses rendements fabuleux. L’article est édifiant.
L’enquêteuse, qui vient d’être interviewée sur la radio publique américaine NPR écrit alors: "Madoff a des méthodes pour le moins curieuses: il ne facture aucun frais pour ses prestations de conseil. Il ne touche également rien sur les sommes qu’il gère directement. Quand on lui demande pourquoi, Madoff répond: "Nous sommes très heureux de nous contenter de toucher des commissions sur les profits". Un investisseur confie à la journaliste: "Même les gens très au courant ne peuvent pas vous expliquer comment il fait."
Pour les clients de Madoff, l’omerta est de rigueur. Un client anonyme confie à Ervin Arvedlund: "Madoff m’a dit: Si vous investissez chez moi, il ne faut en parler à personne. Ca ne regarde personne, ce qui se passe ici." Madoff menaçait même de rendre leurs fonds aux investisseurs trop bavards! Il y a sept ans, la conclusion de l’article de Barron’s est claire: Madoff pratique le délit d’initié à grande échelle. L’intéressé qualifie l’idée de "ridicule".
Pour le très controversé bloggeur Henry Blodget, c’est précisément parce qu’ils subodoraient que Madoff avait accès à des informations privilégiés que les investisseurs gourmands lui confiaient leur fortune sans trop poser de question. Ils ne savaient pas qu’en réalité, la fraude était beaucoup plus grossière: une pyramide Ponzi.
Avant la journaliste clairvoyante, un investisseur du Massachussetts, Harry Markopolos, dont nous avons déjà parlé sur E24, avait compris que le financier trichait. Celui qui l’avait amené à cette conclusion est un mathématicien, Dan diBartolomeo. En 1999, Markopolos travaillait pour une officine d’investissement rivale de Madoff, Rampart Investment Management CO, mais sans pouvoir obtenir les mêmes rendements. Il avait rendu visite à l’expert des chiffres. En quelques heures, diBartoloemo avait conclu que ces rendements étaient statistiquement impossibles. Markopolos avait fait aussitôt part de ses doutes à l’antenne bostonienne de la Securities Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse. En vain. En 2005, dans un nouveau rapport à la SEC, il avait cité 29 preuves de la fraude. En vain.






















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