Que Nicolas Sarkozy retrouve tout à l’heure George Bush et Manuel Barroso à Camp David pour parler de la crise de la finance mondiale est une bonne chose. Il faut convaincre les dirigeants américains qu’un code de conduite financier n’est ni une enfreinte aux libertés ni un frein à la croissance. Cette pédagogie ne sera pas aisée avec George Bush mais Barrack Obama, s’il est élu le 4 novembre, sera beaucoup plus réceptif. En attendant, s’ils parviennent tous les trois, le président américain et les deux chefs actuels de l’Europe, à tomber d’accord sur l‘organisation d’un sommet avant la fin de l’année pour inventer un nouveau règlement de copropriété de la finance globale, c’est encore mieux. Le monde, plus personne n’en doute, a besoin d’un nouveau Bretton Woods. Ces accords signés en 1944 dans le New Hampshire, avaient sonné le départ des trente glorieuses, des années de prospérité qui avaient tout de même fini par trébucher, en 1971, sur la fin de la convertibilité du dollar puis, en 1973, sur le premier choc pétrolier.

Mythe

Bretton Woods est peu à peu entré dans l’imaginaire occidental comme un mythe: l’irruption de la sérénité et de la richesse après la chaos et la barbarie. Du coup, les politiques ont tendance à exagérer ses vertus. Ils oublient que les accords de 1944 n’ont pas empêché les crises de change à répétition. Ceux qui réclament aujourd’hui à grands cris un nouveau Bretton Woods dans l‘idée qu’un accord garantirait contre une montée du protectionnisme font aussi preuve d’un optimisme périlleux. Il a fallu cinquante ans au monde de l’après guerre pour créer l’Organisation Mondiale du Commerce, une organisation qui est d’ailleurs loin d’avoir fait ses preuves.

Mais surtout, les partisans d’un "nouveau Bretton Woods" doivent se rappeler que le monde a changé. Le siècle américain est terminé. En 1944, les Etats-Unis triomphants possédaient 80% des réserves mondiales d’or. Le rapport de force a été bouleversé et les réserves ont changé de camp.

Blocs

La Chine, le Japon et la Russie sont aujourd’hui détenteurs des plus grosses réserves et les Etats-Unis ne sont qu’au 22e rang mondial. Plus significatif, l’économie américaine, même ajoutée à l’économie de l’Union européenne, ne permet pas à ces deux blocs de ne pas consulter le troisième. La Chine est devenue la seconde économie de la planète derrière les USA et l’UE, l’Inde la quatrième. Tout ce qui se décide sans eux est sans avenir. C’est ce que suggérait Pascal Lamy, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce en déclarant au Parisien : "Un nouveau Bretton Woods, si ça veut dire mettre autour de la table les puissances mondiales, c'est-à-dire les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie ou les Saoudiens et qu'ils se donnent comme mandat de fixer des règles dans la finance mondiale, alors je suis pour."

En clair, même dans la phase préparatoire qui se déroule cet après midi dans la résidence présidentielle du Maryland, on aurait aimé voir un dirigeant asiatique de Premier plan, le Premier ministre Indien Manmohan Singh ou le président chinois Hu Jintao. Dans ces pays, on observe avec attention les efforts occidentaux pour sortir de la crise. Si ces efforts sont perçus en Asie comme un simple rafistolage entre banquiers pour permettre à la Machine Wall Street de se remettre en route, il y a fort à parier que les grands pays émergents seront réticents à coopérer. S’il s’agit de créer de nouvelles règles de conduite pour tous les acteurs de la finance autour d’un projet économique commun, ils seront prêts à écouter. C’est eux qui doivent dire comment ils voient le monde de 2030. Et nous devons écouter. Le sommet souhaité par Nicolas Sarkozy, au lieu de se tenir à New York, devrait peut être se réunir quelque part entre Pékin, Tokyo et Delhi.