10 octobre 2008. Cette date restera gravée dans la mémoire collective des marchés financiers. Ce jour-là, les investisseurs ont bien cru que le système financier allait se disloquer. Pourquoi? Parce qu'ils avaient l'oeil rivé sur le "Ted spread", un indicateur qui exprime le degré d'aversion au risque des investisseurs qui interviennent sur les marchés. Contraction de "Treasury EuroDollar", ce taux mesure l'écart de rendement entre les billets à 3 mois du Trésor américain (les fameux "T-Bills") et le taux du marché monétaire à 3 mois appelé "Libor" ("London Interbank Offered Rate"). Bref, la distance qui sépare la sécurité du risque.

"Le Ted Spread reflète ce que font les gérants: s’ils sont à la recherche de sécurité, en l’occurrence des billets de trésorerie du gouvernement américain (T-Bills 3 mois), afin de protéger leur capital, ou s’ils sont prêts à investir dans la dette bancaire, plus risquée", explique Guillaume Baron, stratégiste taux à la Société Générale.

En fin de séance, vers 22h30 heure française, ce vendredi 10 octobre, cet indicateur scruté en permanence par les gérants obligataires, atteint brusquement un record de 461 points de base. A ce niveau, les investisseurs se disent tous la même chose: le système financier mondial est en train d’imploser.

"Le Ted Spread explose!"

C'est la panique sur les marchés obligataires. Le Ted Spread explose aux Etats-Unis et la fuite vers les actifs plus rassurants propulse en quelques heures le rendement des T-Bills à 0,07%, soit un record de faiblesse jamais atteint depuis le bombardement de Londres en 1941.

Réaction logique: pour protéger leur capital, les gérants sortent massivement du marché, certains subissant même des contreperformances dans leurs fonds. Ils craignaient une multiplication des faillites de banques, après l'épisode Lehman Brothers.

Ce niveau de stress, rarement rencontré sur les marchés monétaires, atteint par effet de contagion d'autres classes d'actifs, comme les actions. Sur ce compartiment, les indicateurs de volatilité comme le VIX ont eux aussi atteint des records. A Paris, quelques heures plus tôt, le CAC avait clôturé en baisse de 8,8 %.

La tension va progressivement retomber. Deux jours plus tard, le 12 octobre, l'Eurogroupe annonce à Paris un ensemble de mesures destinées à redonner confiance dans le système bancaire. La finance mondiale a eu chaud. Revenu aujourd'hui à 277 points de base, l'écart de rendement est encore élevé, mais il s'est sensiblement détendu.

Pour preuve, certains gestionnaires d'actifs, parmi lesquels des fonds souverains, commencent à revenir sur le marché et acceptent de reprendre un peu plus de risque. Ce mouvement de détente doit encore se confirmer. Certains experts estiment que nous serions vraiment rassurés si le Ted Spread revenait à un niveau de 100 à 150 points de base.