Pour éviter un scénario à la japonaise, caractérisé par un système bancaire inefficient et une récession lancinante de l'économie, les Etats-Unis devraient privilégier une restructuration plus profonde de l'industrie bancaire, y compris des nationalisations, estime l'économiste Nouriel Roubini.
Cet économiste, surnommé "Dr. Doom" mais réputé pour avoir averti dès 2006 de la gravité de la crise financière, a récemment estimé qu'une partie seulement des pertes du système financier a été à ce jour constatée.
L'économie américaine a besoin de deux choses: "un nettoyage approprié du système bancaire qui requiert un triage entre les banques solvables et non solvables et la nationalisation de plusieurs banques; et une solution plus agressive et plus transversale au problème de l'endettement de millions de ménages insolvables", a déclaré l'économiste au cours d'un entretien avec les lecteurs du Financial Times.
Roubini ne privilégie pas le modèle de "bad bank" -un établissement destiné à recevoir les actifs pourris des autres institutions financières- comme solution de la crise actuelle, et privilégie une résolution de la crise à la suédoise. "L'approche par la nationalisation a été remplie de succès en Suède, alors que l'approche actuelle des Etats-Unis et du Royaume-Uni pourrait bien aboutir à une situation à la japonaise avec des "banques zombies" qui n'ont jamais été proprement restructurées et ont abouti à perpétuer la crise du crédit et le gel du crédit", observe-t-il.
"L'Europe est très en retard sur les Etats-Unis dans la gestion de la crise", avertit-il. "La BCE est en retard dans la gestion de la liquidité et la crise du crédit; les plans de relance budgétaire sont trop timorés; il manque un effort coordonné et transfrontalier pour supporter collectivement le coût du plan d'aide aux institutions financières."
"Dans de nombreux pays, les banques peuvent être trop grosses pour faillir, mais elles peuvent être aussi trop grosses pour être sauvées, tant les ressources fiscales/financières des pays ne semblent pas suffire pour leur venir en aide. Jusqu'ici seuls les pays émergents souffraient, mais désormais de nombreux pays développés ont des difficultés: Islande, Grèce, Espagne, Italie, Belgique, Suisse et, selon certains, même le Royaume-Uni".
"Le modèle anglo-saxon de supervision et de régulation du système financier a failli. Il reposait sur l'autorégulation, un terme qui, dans les faits, signifiait pas de régulation; sur la discipline de marché qui a disparu pour laisser la place à l'euphorie et l'exubérance irrationnelle; sur les modèles de gestion des risques qui ont failli car –comme le disait un ancien dirigeant de Citigroup– quand la musique joue, il faut se lever et danser."
Ce mardi, le nouveau secrétaire du Trésor, Tim Geithner, doit présenter son plan d'aide au secteur financier américain. La veille, Barack Obama, a appelé le Congrès à dépasser les luttes bipartisanes et à voter un plan de relance de plus de 800 milliards de dollars de l'économie américaine.


















Se réfère à