Réformer en profondeur la finance mondiale. Lors d'une conférence organisée par le Comité européen des régulateurs de marchés de valeurs mobilières (CESR), plusieurs voix se sont élevées pour favoriser l'essor d'une régulation à l'échelle mondiale assurant plus de transparence dans l'évaluation des produits financiers et les pratiques des institutions. La nécessité d'une rerégulation du système financier, apparue au grand jour avec la faillite de Lehman Brothers, doit en effet faire l'objet du prochain G20.
En ouverture de la conférence, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a jugé que la crise actuelle rend nécessaire une régulation de "toutes les institutions financières importantes", notamment des hedge funds (fonds spéculatifs) et des agences de notation, ainsi que de tous "les marchés importants", notamment ceux des dérivés. "J'ai mentionné le marché des dérivés OTC, c'est un exemple frappant d'un marché important d'un point de vue systémique et qui requiert plus de transparence et de meilleures infrastructures", a-t-il expliqué. Carlos Tavares, vice-président du CESR, a ainsi rappelé que "les marchés OTC représentent en volume dix fois celui des marchés régulés".
"La réforme doit s'intéresser à l'ensemble du système financier", car une "approche fragmentée comporte des risques", a avancé Luigi Spaventa, professeur à l'université de Rome, invité à la conférence. "Le problème ne concerne pas seulement les hedge funds, mais également les banques", en particulier "les activités non bancaires des banques", a-t-il averti. Les activités de marché ont largement contribué aux déboires des banques tant européennes qu'américaines ces derniers mois.
Pervenche Berès, députée européenne et présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires, a quant à elle appelé au développement de chambres de compensation pour ces marchés, qui échappent aujourd'hui à tout contrôle. Une mesure qui doit notamment encadrer le marché des CDS (Credit Default Swap), ces assurances contre le risque de défaut. Elles avaient joué un rôle particulièrement négatif à la suite de la faillite de Lehman, en propageant l'onde de choc à l'ensemble du secteur financier mondial.
Autre sujet d'actualité: la rémunération des dirigeants. "Les modèles de rétribution doivent être ajustés afin de ne pas encourager les prises de risque excessives", a souligné Jean-Claude Trichet, sans faire de proposition concrète sur le sujet. Les "primes à la performance ont poussé [le secteur bancaire] à l'endettement", et ont favorisé "une forte hausse des activités de trading au sein des banques", a reconnu Malcom Knight, vice-président chez Deutsche Bank. Mais "si on prend moins de risque, le coût du capital augmente pour les entreprises et la croissance économique diminue", a-t-il averti. Pour lui, les rémunérations doivent s'inscrire davantage dans le long terme, par exemple avec "une part plus importante réglée en actions".
Jean-Claude Trichet a en outre insisté sur le rôle d'amortisseur que jouent les réserves bancaires. Elles "constituent une protection contre les dégâts sérieux entraînés par la récession et font partie intégrante d'une situation financière solide", a-t-il estimé. Le trop faible niveau de capitalisation des établissements bancaires a été l'un des vecteurs de propagation de la crise, les banques étant obligées de réduire leur offre de prêt à cause des pertes enregistrées. "Les critères de Bâle [qui définissent le niveau de fonds propres minimum des banques, NDLR] se sont révélés encore plus trompeur que les notations AAA", estime Hans Hoogervost, le directeur du gendarme financier néerlandais, en référence aux notes accordées par les agences de notation aux produits structurés, produits qui ont joué un rôle de transmission de la crise financière à l'ensemble de la planète.
Montrés du doigt depuis le début de la crise, les hedge funds ont "besoin d'une régulation plus avisée", selon Antonio Borges, président du Hedge Funds Standards Board. Mais "rien ne serait arrivé si la politique monétaire américaine avait été plus prudente", a-t-il estimé. Les hedge funds "se sont montrés bien plus résistants" que prévu, car ils ont "une meilleure compréhension des risques que d'autres acteurs financiers", a expliqué le dirigeant. En particulier, les hedge funds "n'ont pas participé à la contagion systémique" car ils sont "restés investisseurs nets sur les marchés financiers jusqu'à l'aggravation de la crise", a plaidé Antonio Borges.
Le niveau de transparence requis a également été diversement apprécié. "Attention à ne pas trop réglementer", a averti Eli Lederman, directeur général de la plateforme de trading Turquoise. "L'exigence de transparence doit être mesurée" pour ne pas fausser la concurrence, selon le dirigeant. "L'intense compétition entre places financières a conduit les régulateurs à fermer les yeux sur certaines pratiques", a de son côté nuancé Hans Hoogervost.
Au niveau européen, il faut "un système de superviseurs nationaux" avec "un pilote fort", a plaidé Pervenche Berès. Jean-Claude Trichet a par ailleurs réaffirmé qu'il était favorable à une responsabilité accrue de la BCE dans la supervision bancaire européenne, afin de "contribuer à la stabilité financière". Le président du CESR, Eddy Wymeersch, a conclu en plaidant pour une "régulation commune et une supervision locale". La réforme en profondeur du système financier semble donc encore bien lointaine.
















