"Je suis très sceptique concernant l'ampleur des actions de la Fed et la manière dont la Banque d'Angleterre (BoE) a tracé sa propre voie en Europe", a déclaré mardi 2 juin la Chancelière allemande Angela Merkel, citée par le Financial Times. "Même la BCE a finalement plié devant la pression internationale en annonçant des rachats d'obligations sécurisées", a ajouté la dirigeante lors d'une conférence à Berlin.
Imitées au début du mois de mai par la BCE, les banques centrales américaine et britannique ont été les premières à sortir l'arme de l'assouplissement quantitatif, qui consiste à injecter directement des liquidités dans l'économie sans passer par les opérations de refinancement "classiques" du système bancaire.
Ces opérations de refinancement, des prêts à court terme de la banque centrale aux établissements commerciaux, ont dans un premier temps été favorisées par la baisse sans précédent des taux directeurs, proches de zéro des taux au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Mais elles ne suffisent plus.
La Fed, la BoE puis la BCE ont donc décidé de racheter directement des titres de dette (obligations) sur les marchés financiers pour tenter de faire baisser les taux longs et injecter par ce biais davantage de liquidités dans l'économie. L'objectif est d'éviter la déflation (spirale baissière des prix et des salaires), qui aurait provoqué une dépression économique.
"Ce qu'ont fait les banques centrales devra être corrigé", a averti la Chancelière allemande, qui a souhaité "revenir à des politiques monétaires indépendantes et sensées". Le risque est en effet que ces flots monétaires considérables (plus de 1.000 milliards de dollars dans le cas de la Fed) favorisent une inflation incontrôlable dès l'amorce de la reprise économique.
Selon Patrick Artus, directeur de la Recherche et des Etudes de Natixis, les politiques monétaires très laxistes entreprises pourraient se traduire à moyen terme par une inflation du prix des matières premières similaire à celle observée en 2008.
Devant ce danger sérieux, mais difficile à quantifier étant donné la nouveauté de ces politiques non conventionnelles, la BCE avait choisi la prudence. Le gouverneur de la Bundesbank Axel Weber, dans une interview du Financial Times datant d'avril, avait abondé dans le sens de son homologue français Christian Noyer en déclarant "préférer que l'on continue à se focaliser sur le canal de financement bancaire".
La volonté de calmer les marchés financiers a finalement pris le dessus, et la BCE annoncera jeudi 4 juin les détails de son "geste" de 60 milliards d'euros. Car rapporté à la taille de l'économie européenne, cette décision est bien loin d'équivaloir à celles de la Fed et de la BoE.
















