La BRI s'inquiète. Dans le cadre publication lundi 29 juin de son rapport annuel 2008, la "banque centrale des banques centrales" a pris le contrepried des responsables des pays développés en mettant l'accent sur les dangers à venir en matière de protectionnisme et d'inflation. Et en avertissant qu'une nouvelle réglementation financière est nécessaire, mais pas suffisante.

Sortie de crise

"Dès qu'apparaîtront les signes incontestables d'une reprise, il faudra mettre fin rapidement à ces mesures", a estimé le directeur général de la BRI, Jaime Caruana. "Leurs effets inflationnistes (...) pourraient dès à présent perturber les marchés de la dette souveraine ce qui pourrait gravement remettre en question l'ampleur des interventions des pouvoirs publics et contraindre ceux-ci à se désengager précipitamment", a prévenu le responsable lors de l'assemblée générale de l'institution à Bâle, dans le nord de la Suisse.

Dans un communiqué, la BRI note que "les politiques suivies (…) doivent atteindre un juste équilibre entre stimulation à court terme et stratégies de sortie bien pensées garantissant une situation tenable à long terme". Avec l'aggravation de la crise financière en septembre 2008 et sa transformation rapide en l'une des plus graves récessions de l'après-guerre, de nombreux pays ont utilisé l'arme budgétaire tandis que les autorités monétaires injectaient des liquidités pour soutenir le système financier. De nombreux économistes craignent que ces politiques n'alimentent une résurgence d'une forte inflation à moyen terme, si la sortie de crise est mal gérée.

Actifs toxiques

Autre source d'inquiétude pour la BRI, "le bilan de nombre d’établissements financiers n’a pas encore été assaini. Pour remédier à cette situation, de nouvelles actions sont nécessaires et urgentes". L'institution souligne dans son rapport vouloir "forcer le secteur bancaire à encaisser des pertes".

Les établissements financiers doivent continuer à se débarrasser de leurs actifs toxiques, réduire leurs surcapacités et renforcer leurs fonds propres, quitte à ce que les sociétés défaillantes puissent être démantelées, a expliqué le patron de la BRI. De telles mesures font actuellement l'objet de discussions au sein du Conseil de stabilité financière (CSF).

Désengagement

Pour le responsable, retarder le "désengagement du secteur public ne ferait que pérenniser les distorsions de concurrence", même s'il sera difficile d'arbitrer entre une sortie trop précoce et trop tardive.

"Pour éviter un repli de la croissance et du développement, les autorités se doivent de rejeter tout protectionnisme financier – que le soutien accordé par les pays à leur secteur financier peut parfois laisser s’installer inopinément", explique un communiqué. "Une sortie précoce serait hasardeuse", mais "il serait plus hasardeux encore de se désengager trop tardivement et trop lentement", juge Jaime Caruana.

Réformes

En termes de réglementation, l'institution "plaide en faveur d’une réforme des instruments, marchés et établissements financiers, en vue d’édifier un système solide". En particulier, elle insiste sur la mise en place d'incitations qui "encouragent le négoce et la compensation par l’intermédiaire de contreparties centrales et sur des marchés organisés".

La BRI invite également que les "instances de réglementation et de surveillance [à] adopter une perspective macroprudentielle". Le directeur général de la BRI Jaime Caruana a d'ailleurs rappelé que « plusieurs initiatives sont en cours pour rendre opérationnelle cette approche prudentielle, en s’appuyant sur le consensus international qu’elle vient de recueillir".

Mais une "meilleure réglementation ne suffira pas". Il incombe à la politique monétaire de prendre davantage en compte l’évolution des prix des actifs et l’expansion du crédit, et à la politique budgétaire, de mettre l’accent sur la discipline à moyen terme et la tenabilité à long terme", note la BRI.