La colère contre les rémunérations des banquiers et les bonus est "compréhensible et appropriée". Ce n'est pas un représentant de la gauche ou un syndicaliste qui l'a affirmé, mais Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, la plus grosse banque d'affaires au monde.

Lors d'un discours prononcé au cours d'une conférence à Francfort mercredi, le dirigeant de la banque américaine a estimé que les garanties valables plusieurs années accordées aux banquiers devraient être interdites et que des clauses de récupération de l'argent versé devraient être prévues pour limiter les prises de risque.

La part des salaires payés en actions devrait augmenter de façon significative à mesure que progresse la rémunération, et les banquiers seniors devraient percevoir une rémunération différée de leur bonus. Goldman Sachs a publié en mai dernier les principes qui guident la politique de rémunération de ses salariés.

Malgré ces positions de principe, qui soulèvent un débat dans l'industrie financière tant aux Etats-Unis qu'en Europe, Goldman Sachs a fait l'objet de vives critiques lors de la publication de ses résultats du deuxième trimestre. La presse a révélé que la banque pourrait verser jusqu'à 20 milliards de dollars de rémunération à ses salariés, un record dans son histoire. Tout l'industrie financière est d'ailleurs en accusation, après que le procureur de New-York a révélé que les principales banques du pays ont payé 33 milliards de dollars de bonus l'an dernier, malgré des pertes historiques et des aides publiques.

Dans le cadre du sauvetage de l'industrie financière américaine par l'administration Bush, Goldman Sachs avait reçu en octobre dernier 10 milliards de dollars et l'autorisation de changer de statut pour avoir accéder aux financements de la Réserve fédérale. La banque a depuis remboursé l'argent reçu de l'Etat américain, permettant au contribuable de dégager un profit.

Si Goldman Sachs se présente comme exemplaire sur le front des rémunérations, la banque ne souhaite toutefois pas que l'on tombe dans un excès de régulation. L'administration Obama cherche actuellement à regrouper les instances de régulation de la finance américaine sous un même toit et à rendre plus transparent les mécanismes de certains marchés, notamment les dérivés de crédit.

Ces pistes de réforme de la régulation et les réflexions menées dans le cadre du G20 sur la refonte des règles de capital bancaire laissent craindre une chute de la rentabilité des banques, selon une étude de la banque J.P.Morgan.

Blankfein a estimé qu'une plus grande coordination des autorités monétaires et des pays au sein du conseil de stabilité financière (Financial Stability Board) devrait permettre de mieux suivre le risque systémique et prendre des actions concertées pour éviter une implosion du système financier international.