La Fed, la banque centrale américaine qui s'est vu confier un rôle de contrôle en matière de politique de rémunération des banques, a réuni lundi les banquiers sur la question de leures salaires. A l'issue de cette rencontre, l'un des gouverneurs de la Fed a affirmé que les directives de l'institution demandant aux banques de modérer salaires et bonus seraient contraignantes et leur application régulièrement vérifiée.

La banque centrale avait émis le 22 octobre des recommandations "en faveur d'une politique de primes saine", dont elle a présenté le détail lundi aux dirigeants des grandes banques du pays, qu'elle a réunis à Washington.

Ces recommandations concernent particulièrement les "grands établissements bancaires complexes", a expliqué lundi le gouverneur Daniel Tarullo, lors d'un discours à Washington. Chacun de ces établissements "doit concevoir et présenter à la Réserve fédérale un plan qui identifie les points où sont nécessaires des améliorations aux dispositifs de rémunération de la société et les pratiques correspondantes pour les mettre en conformité avec les principes énoncés dans la directive", a poursuivi le gouverneur.

Sanctions

"Une fois ceci achevé, la mise en oeuvre de ce plan fera partie des obligations réglementaires pour l'établissement bancaire. Tout comme pour les autres obligations, le fait de ne pas soumettre ou de ne pas mettre en oeuvre de plan satisfaisant pourrait être à l'origine d'une sanction", a ajouté M. Tarullo.

Il n'a pas précisé la nature de ces sanctions éventuelles, mais a indiqué que la Fed attendait des propositions détaillées. Celles-ci "doivent comprendre les projets de l'entreprise, avec un calendrier pertinent, pour parvenir à des améliorations significatives et efficaces (...) de ses dispositifs de rémunération et de ses processus de gestion du risque, de contrôle et de règles de direction", a précisé M. Tarullo.

"Nous prévoyons de travailler avec chaque établissement (...) sur les détails de son plan", a annoncé le gouverneur. Et "nous ne sommes pas en train d'attendre avant de commencer le processus de collecte de renseignements (...) Nous sommes en train de faire part de nos projets et de nos attentes à ces entreprises", a-t-il prévenu.

27 novembre, date buttoir

La directive reprend des principes définis par le Conseil pour la stabilité financière (CSF), organisme de coordination internationale dont les pays avancés et émergents réunis au sein du G20 se sont engagés à mettre en oeuvre les recommandations.

Les banques américaines ont jusqu'au 27 novembre pour faire leurs observations sur la directive, a indiqué M. Tarullo.

Abus

Le sujet, particulièrement sensible auprès d'une opinion écoeurée par les sommes touchées par les auteurs de paris insensés sur les marchés financiers et immobilier, à l'origine de la crise financière mondiale, est revenu avec force en même temps que les profits des banques.

Le Wall Street Journal estimait en octobre que les 23 plus grandes institutions financières américaines verseraient environ 140 milliards de dollars en primes à leurs salariés au titre de 2009, soit davantage que le record de 2007.