L'annonce tombe au plus mal. 600 millions d'euros de pertes sur des opérations de marché réalisées avec l'argent de la banque. Le groupe Caisse d'Epargne avait beau disposer de 18,2 milliards de fonds propres à la fin du mois de juin 2008, cela ne passe pas inaperçu. Et cette perte faire réagir. "Je suis frustrée et découragée de la survenance de cet événement", a regretté la ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, vendredi 17 octobre, tout en demandant que la Commission bancaire enquête sur cette annonce. Mauvais timing, en outre, puisque cette perte apparaît quelques jours à peine après la présentation par le gouvernement français d'un vaste plan d'aide au système bancaire.
Cette annonce ne fait d'ailleurs qu'ajouter aux nombreux défis que doit relever le groupe Caisse d'Epargne. Depuis 2003, le ratio de solvabilité Tier 1 de la banque mutualiste recule, passant de 11,3% à 8,3% au terme du premier semestre 2008, selon le courtier Keefe, Bruyette & Woods Ltd. La crise du subprime a en outre amputé d'un milliard d'euros les résultats de la banque au cours du premier semestre 2008. Le résultat net du groupe bancaire avait déjà baissé de 64% l'an dernier à 1,37 milliard d'euros.
Une série d'acquisition au pic de l'immobilier
Ce n'est pas la seule difficulté. Groupe Caisse d'Epargne s'est engagé dans une stratégie d'expansion des services au secteur de l'immobilier au moment où le cycle atteignait un pic. L'idée était alors de constituer "un acteur intégré des métiers de l'immobilier en France". Parmi les opérations réalisées et sur lesquelles certains analystes attendent des dépréciations d'actifs: l'acquisition de 40% du promoteur Nexity par le biais d'un échange d'actifs; une prise de participation majoritaire dans la société Meilleurtaux et la constitution d'une holding, dont le groupe détient 49%, et qui contrôle 50,1% d'un constructeur de maisons individuelles, Maisons France Confort. Ces trois sociétés, cotées en Bourse, ont vu leur capitalisation boursière fondre au fil du temps.
Une filiale éclaboussée par le subprime
Autre victime de la crise, Natixis, la banque de gros dont le groupe détient un peu moins de 35% du capital aux côtés de Banques Populaires, qui a une participation équivalente. Introduite en Bourse à 19,55 euros par action, la valeur de l'action était ce vendredi de 1,95 euro, soit une chute de 90%. Malgré une augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros destinée à rembourser une avance d'actionnaires et à couvrir les pertes liées à la crise du subprime, Natixis n'est en Bourse plus que l'ombre d'elle-même.
Une fusion qui n'est pas dénuée de risques
Enfin, si la fusion aboutit, elle donnera naissance à la deuxième banque de détail en France, derrière le Crédit Agricole (propriétaire du réseau LCL). Mais l'opération se déroulerait en pleine ouverture à la concurrence du marché du livret A, qui représente 12% des revenus de la banque de détail du groupe mutualiste. Or, toutes les banques espèrent capter une part de marché significative, pour trouver un relais de croissance bien utile en période de récession économique. Et même si la fusion aboutit, au cours des trimestres à venir, "il est peu probable qu'un rapprochement ait un impact matériel sur la profitabilité de la banque de détail ou sur les performances de Natixis", ont récemment avertit les analystes de Standard&Poor's.
"Est-ce que la banque ne s'est pas dévoyée en cherchant à copier ses concurrentes et en développant des activités risquées hors de son champ traditionnel de compétence?", s'interroge un gérant de portefeuille. Une interrogation qui concerne d'autres banques mutualistes, comme la banque Crédit Agricole SA. Egalement touchée de plein fouet par la crise du subprime, cette dernière a dû faire appel à ses actionnaires et revoir ses ambitions dans la banque de financement, pour tenter de rebondir à l'international. Une voie sur laquelle le groupe Caisse d'Epargne ne s'est pas encore engagé aussi rapidement que ses concurrents.




















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