Les chiffres négatifs s'accumulent cette semaine sur le secteur bancaire américain. Malgré la "performance" de JP Morgan qui a annoncé jeudi 15 janvier un petit bénéfice de 702 millions de dollars au quatrième trimestre 2008 -contre 3 milliards au quatrième trimestre 2007 (-76%)- les géants Citigroup et Bank of America affichent de tristes records au plus fort de la crise.

Citigroup en est à son cinquième trimestre de perte d'affilée, avec -8,29 milliards de dollars de résultat net. Rapporté au nombre d'actions, le géant new-yorkais a perdu 1,72 dollar lors des trois derniers mois de l'années, ce qui est encore plus lourd qu'attendu par le marché, car les analystes tablaient sur -1,19 dollars. Sur l'ensemble de l'année, ce n'est pas plus brillant avec une perte nette de 18,72 milliards de dollars. Sa perte par action est de 3,88 dollars, alors que le marché prévoyait un déficit par action de l'ordre de 3,24 dollars. Cette nouvelle contre-performance s'explique notamment par des pertes de 6,1 milliards sur les crédits ouverts par la banque et le passage de 6,0 milliards de dollars de provisions sur ses créances douteuses. Le groupe a dû également provisionner 2 milliards en coûts de restructuration et déprécier dans ses comptes la valeur d'actifs à risque pour 5,6 milliards.

Dans un communiqué séparé mais diffusé le même jour que ses résultats, Citigroup annonce sa volonté de se réorganiser en se séparant en deux entités aux comptes séparés. Les activités saines regroupées au sein de Citicorp regrouperont les filiales du groupe dans la banque d'investissement, la banque privée, les services aux institutions financières, la banque de détail et l'activité de carte de crédit. La nouvelle structure restera donc une banque universelle sur le mode européen, avec une présence dans plus de 100 pays. Citi Holding regroupera les autres activités de l'ex-"supermarché de la finance", jugée non essentielle par le président, Vikram Pandit. L'objectif sera de "maximiser la valeur" de ces actifs, en "saisissant les possibilités de cession ou de fusion lorsqu'elles se présentent", a expliqué Citigroup. La banque a par ailleurs annoncé qu'un de ses administrateurs avait démissionné et que d'autres départs étaient envisagés au sein du conseil d'administration,

Au même moment, Bank of America, première banque américaine par les actifs, a rendu publique une perte de 1,7 milliard de dollars au quatrième trimestre, alors qu'elle avait dégagé un petit bénéfice de 268 millions un an plus tôt. Son PDG Kenneth Lewis a indiqué qu'il envisageait de nouvelles pertes "supérieures ou égales" à celles de la fin 2008 pendant encore plusieurs trimestres, en raison des nouvelles provisions prévisibles sur ses activités de prêts.La banque américaine a notamment été plombée par sa nouvelle filiale Merrill Lynch, dont l'acquisition n'a été finalisée qu'au 1er janvier. Cette dernière a perdu 15,3 milliards de dollars sur les trois derniers mois de l'année.

Sur l'ensemble de 2008, BoA annonce une chute de 73% de son bénéfice net, tombé à 4 milliards de dollars contre 14,9 milliards en 2007. Ces résultats n'intègrent pas ceux de la nouvelle filiale Merrill Lynch. Dans la nuit précédant l'annonce de ces résultat, les pouvoirs publics américains avaient annoncé qu'ils se porteraient à la rescousse de Bank of America, pour l'aider à digérer l'acquisition de Merrill Lynch. Sur le modèle de ce qu'ils avaient fait en novembre pour Citigroup, ils vont lui apporter 20 milliards de dollars en argent frais et garantir 118 milliards en actifs à risques hérités de Merrill.