Critiquées pour les bonus octroyés à leurs dirigeants en pleine période de crise , les banques américaines ont également été très généreuses avec leurs anciens patrons. Ces derniers ont pu accéder pendant des années à des "services" gratuits: bureaux, secrétaires, voiture… Des avantages qui se chiffrent souvent en milliers de dollars.

Alors que Citigroup a reçu 54 milliards de dollars d'aide publique, Charles O. Prince, son ancien directeur général débarqué en novembre 2007, bénéficie toujours d'une secrétaire et d'un bureau, selon Bloomberg. Il n'est pas seul dans ce cas. L'ex-directeur de la banque d'investissement de Citigroup, Michael Klein, et John Reed, ancien directeur général adjoint retraité depuis 2000, dispose aussi de ces avantages. Sanford I. Weill, président jusqu'en 2006, vient pour sa part de rompre un contrat de consultant qui lui donne droit à un bureau, une voiture et un chauffeur ainsi que l'utilisation d'un avion privé.

Citigroup n'est pas la seule banque à s'adonner à ces pratiques. L'ancien directeur général de Merrill Lynch, Stan O'Neal, qui a démissionné en octobre 2007, bénéficie pendant trois ans d'une secrétaire et d'un bureau. Même traitement pour ses prédécesseurs David Komansky, Daniel Tully et William Schreyer. Les coûts sont absorbés par Bank of America, qui a bénéficié de 45 milliards de dollars de renflouements de la part de l'Etat. Kennedy Thompson, l'ancien directeur général de Wachovia, a lui aussi à disposition une secrétaire et un bureau pendant trois ans. Wells Fargo, qui a racheté Wachovia fin 2008 et a reçu 25 milliards de l'Etat, assure les finances. "Un élément contractuel qui doit être honoré " quoi qu'il advienne, explique un porte-parole du groupe cité par Bloomberg. Quand le président de JPMorgan, William Harrison, est parti en décembre 2006, la banque lui a accordé un bureau et des services administratifs jusqu'en 2013.

Le montant de ces avantages n'est pas négligeable. Dans le cas de William Harrison, le coût estimé est de 267.000 dollars par an. L'ex-dirigeant de Citigroup, Charles O. Prince, bénéficiait de l'équivalent de 1,5 million de dollars d'avantages (bureau, assistant, voiture, chauffeur) pendant 5 ans ou jusqu'à ce qu'il dispose d'un autre emploi. Sanford I. Weill disposait de son côté d'une pension de retraite de 1 million de dollars par an et des frais de 3.846 dollars par jour sur 45 jours dans l'année comme consultant jusqu'à la rupture de son contrat.

Ces émoluments sont d'autant plus problématiques qu'ils sont pratiqués par des établissements bénéficiant de fonds publics au profit de dirigeants déjà généreusement traités au moment de leur départ. Charles O. Prince avait ainsi touché un bonus de 10,4 millions de dollars. Sanford I. Weill, président de Citigroup jusqu'en 2006, avait touché pas moins de 69 millions de dollars de salaires et de bonus au cours de ses trois dernières années chez Citigroup.

Les groupes concernés expliquent en général que ces services, dans le cadre de contrats de conseil ou de clauses spécifiques, visent interdire à leurs ex-dirigeants de débaucher des salariés, selon un spécialiste juridique cité par Bloomberg. Les coûts associés sont en outre difficiles à déterminer, explique un consultant du cabinet Equilar Inc., car les entreprises sont tenues de lister ces avantages, mais pas de les quantifier. Ils n'apparaissent donc pas dans les rémunérations des dirigeants en place.