Et de trois. BNP Paribas et l'Etat belge ont trouvé un terrain d'entente sur Fortis, dans la dernière ligne droite de négociations prolongées la semaine dernière. C'est la troisième tentative pour sauver le bancassureur belge, qui doit encore recevoir l'accord de ses actionnaires.

Le gouvernement belge a annoncé par voie de communiqué de presse un accord sur la cession de 75% de Fortis Banque à BNP Paribas. Fortis Banque acquérera 25% du capital de Fortis Assurance Belgique, pour un montant de 1,375 milliard d'euros. Un accord de distribution jusqu'en 2020 est signé entre Fortis Insurance Belgium et Fortis Banque. "Cette transaction permettra d'assurer le rôle essentiel de Fortis Banque au service de l'économie belge, en l'adossant au groupe BNP Paribas qui réalisera ainsi une opération stratégique de renforcement de son dispositif pan-européen", indique le gouvernement.

Fortis Banque aura également la possibilité pendant trois ans d'émettre des titres afin de renforcer son ratio de solvabilité pour un montant maximum de 2 milliards d'euros, souscrits par l'Etat belge.

"A nos yeux, cet accord est profitable aux épargnants, aux actionnaires, au personnel et à l'Etat", a estimé le Premier ministre belge Herman Van Rompuy au cours d'une conférence de presse.

Second volet de l'accord: le véhicule spécial (SPV), détenteur d'actifs "toxiques" d'une valeur totale de 19,5 milliards d'euros. L'exposition de Fortis Holding dans ce véhicule est limitée à 760 millions d'euros, contre 1 milliard d'euros précédemment, celle de l'Etat passe de 2 milliards d'euros à 740 millions, et celle de BNP Paribas de 290 à 200 millions d'euros. L'Etat belge apporte une garantie de couverture de pertes sur le portefeuille d'actifs structurés de Fortis Banque plafonnée à 1,5 milliard d'euros, "après que Fortis Banque aura supporté les premières pertes à concurrence de 3,5 mililards d'euros", souligne le communiqué.

L'accord sera soumis aux actionnaires de Fortis Holding. Ces derniers avaient rejeté le 11 février dernier un projet de rachat modifié. Du côté du cabinet Deminor, on fait preuve de prudence sur le dossier, tout en soulignant quelques progrès. "La bonne nouvelle est que les actionnaires pourront se prononcer sur cet accord lors d'une nouvelle assemblée générale", a déclaré Charles Demoulin au quotidien belge L'Echo. L'avocat des petits porteurs de Fortis, Mischaël Madrikamen, cité par le quotidien, affirme lui qu'il ne voit dans le nouvel accord "aucune raison de demander [son] approbation."

Le directeur général de BNP Paribas, Baudouin Prot, était arrivé vendredi soir à Bruxelles pour rencontrer le Premier ministre belge Herman Van Rompuy. Ce samedi matin sur les ondes de France Info, il s'est déclaré "confiant sur, cette fois-ci, le succès de cette opération." Sur place, le dirigeant a tenu à rassurer sur les conséquences en matière d'emploi. "En banque de détail, nous n'aurons pas de sureffectifs significatifs au niveau des réseaux. Pour le reste, nous ferons en sorte que s'il y a un mouvement nécessaire, on use d'abord de la mobilité et des départs naturels", a précisé le dirigeant.

La prochaine assemblée générale des actionnaires de Fortis devrait se réunir le 8 ou le 9 avril. Si Ping An, l'actionnaire chinois de Fortis hostile au précédent projet de rachat, n'a pas encore pris position, BNP Paribas estime qu'il devrait recevoir l'appui des actionnaires familiaux de Fortis ainsi que des fonds de pension néerlandais.