L'encours des investissements socialement responsables (ISR) a progressé de 37% en France en 2008, pour atteindre près de 30 milliards d'euros, dopé par les investisseurs institutionnels, révèle une étude du centre de recherche Novethic. Les produits de taux ont par ailleurs dépassé les actions en termes d'encours.
Les ISR sont des placements éthiques en actions ou obligations qui intègrent, en plus des critères financiers traditionnels, des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance (transparence des rémunérations et de la prise de décision, par exemple).
Après avoir déjà progressé de 30% en 2007, l'ISR a confirmé en 2008 son "statut de valeur refuge", notamment en période de crise, commente Novethic. "La crise a créé un effet d'accélération de conversion" aux placements ISR qui permettent de "mieux connaître" les fonds dans lesquels les investisseurs s'engagent, a expliqué Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, le centre de recherche sur le développement durable, filiale de la Caisse des Dépôts. Et ce alors que la gestion collective traditionnelle a vu ses encours fondre de l'an dernier.
Premier enseignement: en quête de sécurité, la clientèle institutionnelle (fonds de pension publics, caisses de retraite et de prévoyance, assurances, mutuelles, ndlr) s'est tournée vers l'ISR et a été le moteur de la croissance, avec une progression de 54% des encours. "Les acteurs historiques de l'IRS que sont les églises, groupes religieux et fondations caritatives, ne représentent plus que 3% du marché", le montant de leurs placements "n'étant pas comparable à ceux des très grands institutionnels", note Novethic. Fin 2008, les placements ISR étaient détenus à 75% par des investisseurs institutionnels, le reste étant aux mains des particuliers, via la gestion collective (13%) et l'épargne salariale (11%).
Les placements ISR des particuliers ont en revanche reculé de 13% pour la première fois depuis la création de cette étude, en 2002. Les Français "ont une vague connaissance du concept d'ISR mais on est loin du commerce équitable que les gens ont compris", a commenté Anne-Catherine Husson-Traore. "L'ISR n'est pas encore développé et promu auprès des particuliers", par les banques notamment, explique de son côté Dominique Blanc, responsable de la recherche chez Novethic.
Second enseignement, les investisseurs ont privilégié des produits de taux au détriment des actions en raison de la débâcle boursière. Ainsi, fin 2008, les actions représentaient 33% des placements ISR, derrière les obligations avec 47% des encours, et devant les placements monétaires (19%). "Longtemps l'ISR s'est résumé à des fonds actions", explique Dominique Blanc. "La diversification vers le compartiment obligataire, puis le monétaire, a débuté en 2007, et les encours placés en produits de taux ont dépassé les encours actions en 2008", ajoute-t-il.
Au niveau mondial, " le Royaume-Uni, les Pays-Bas puis la France sont les trois pays les plus dynamiques concernant l'ISR", explique Anne-Catherine Husson-Traore. Un classement à prendre néanmoins avec des pincettes, car "le marché britannique est très conséquent mais souvent limité à l'exclusion sectorielle", nuance-t-elle en référence à une pratique de gestion courante dans le monde anglo-saxon visant à exclure simplement certains secteurs (tabac, armement,…) des portefeuilles. Les lignes devraient par ailleurs bouger avec la crise, qui a "apporté un phénomène accélération". Il faut maintenant que les offres commerciales à destination des particuliers suivent.


















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