La presse française va mal. C'est une évidence. Mais que faire pour inverser la tendance. Nicolas Sarkozy a une solution : il faut changer des décennies d'habitudes pour créer un environnement économique sain. Dans son discours d'ouverture des Etats généraux de la presse le 2 octobre 2008, il a été très clair. Pas question de à accorder des aides sans exiger de contrepartie sous forme d'objectifs à atteindre. A ceux qui s'étonnent de voir un président de la République s'immiscer dans des affaires privées, il ne manque pas de le rappeler: chaque année l'Etat "consacre près d'un milliard d'euros à la presse, environ 10% de son chiffre d'affaires". Ces aides sont réparties en aides directes (284 millions d'euros en autorisations d’engagement pour 2009) et indirectes (aide au transport postal, taux de TVA super réduit à 2,1%). Déjà, l'estimation de cette somme globale, est contestée.
L'homme qui disait "un milliard"
Hors taux de TVA super-réduit (2,1%), le montant des aides directes et indirectes à la presse atteint 447 millions d'euros. A cette somme s'ajoute le manque à gagner pour l'Etat d'un taux de TVA à 2,1% alors qu'il pourrait se voir appliquer celui dont bénéficie les produits culturels ou encore l'audiovisuel: 5,5%. Au total, les aides directes et indirectes à la presse s'établissent donc à 650 millions d'euros. Alors pourquoi parler d'un milliard ? Selon les calculs du Syndicat de la presse magazine et d'information (SPMI), la presse avait, en 2007, un chiffre d'affaires de 10,6 milliards en 2007. 6 milliards d'euros proviennent des recettes d'abonnement et de vente au numéro des exemplaires de presse (56,8% du chiffre d'affaires). Si l'on applique le taux de TVA usuel de 19,6% et non celui de 5,5% à ces 6 milliards, on obtient en effet un montant total des aides de l'Etat à la presse de 1,026 milliard.
La référence de Sarkozy à un taux de 19,6 % n'est pas un hasard. A l'heure où les éditeurs s'attendent à un resserrement des aides à la presse, la TVA est au centre des préoccupations. Car les aides publiques directes sont en très grande majorité consacrées à la presse d'information politique et générale (IPG), tout comme les tarifs postaux préférentiels. Le principal enjeu de la presse magazine est donc de maintenir le cadre d'une TVA à 2,1%.
La presse est aussi un "produit"
Secteur aidé, certes, notamment en raison de la place que la presse tient, ou devrait tenir, dans le débat démocratique. Mais, le président de la République l'a affirmé, malgré ses différences, "la presse est un produit économique". "Elle obéit à la loi de l'offre et de la demande, elle doit être rentable". Les termes sont posés. Reste à les atteindre. Et ce n'est pas chose facile. Les difficultés de la presse, ses archaïsmes, son changement d'environnement, etc., sont connus depuis plusieurs années.
Devant de tels chantiers: sans unité, rien ne se passera. Et Sarkozy l'a bien compris. A plusieurs reprises, dans son discours de lancement des Etats généraux de la presse, il a prôné l'union. "Vos difficultés ne trouveront aucune solution si vous restez divisés, comme si souvent par le passé, au lieu de vous unir pour créer ensemble les conditions d'un changement", a-t-il lancé. Et d'ajouter, tout au long du discours qu'il est stérile de se défausser de ses responsabilités sur les autres.
Tous les acteurs de la presse sont fautifs. "Vilipender le Syndicat du Livre pour mieux passer sous silence la responsabilité des éditeurs est tellement habituel; vitupérer contre les droits d'auteur de journalistes pour mieux jeter le voile sur les retards d'investissement dans la web est tellement fréquent ; critiquer les contenus et les choix éditoriaux pour ne pas parler de fabrication ou de la distribution est tellement classique", a listé le président de la République.
Peu importe les comportements passés s'ils changent aujourd'hui et si tous les acteurs de la presse se fondent dans le moule de l'intérêt commun. Les rapprochements divers (entre formes de presse, entre différentes branches du Syndicat du Livre, entre journalistes et ouvriers, entre le web et le papier) ont été largement étudiés ces dernières années sans qu'aucun n'ait vraiment réussi à germer. Les divisions demeurent et se creusent même souvent. "Certains éditeurs préfèrent être forts dans un ensemble faible plutôt que faibles dans un ensemble fort", analyse un bon connaisseur de la presse. Une vision qui va devoir changer. Car la réussite des Etats généraux de la presse tient sur l'unité.



















