D'ici la fin de la journée, on pourra appeler gratuitement aussi longtemps qu'on veut depuis son iPhone. Skype, le service de téléphonie sur internet, va lancer son application pour le terminal d'Apple. Parler des heures sans payer plus que son abonnement suppose quelques contraintes: comme tous les ordinateurs ou mêmes les téléphones équipés de Skype (il en existe près de 200 modèles), il faudra se trouver dans une zone wifi. C'est facile chez soi mais pas très intéressant pour les abonnés qui ont déjà les "box" Orange, Neuf, SFR, Darty, Free, etc. A l'extérieur ce sera plus délicat, il faut en effet disposer d'un signal suffisamment stable et puissant sous peine de voir la communication se dégrader. Par ailleurs, le wifi interdit tout déplacement. Enfin, au contraire de l'application Skype sur un PC que l'on peut laisser en tâche de fond et donc être avisé des appels, l'iPhone n'est pas encore complément multitâche ce qui suppose d'avoir l'application Skype ouverte sur son écran pour pouvoir s'en servir.

L'événement est néanmoins symbolique à plus d'un titre. Le nombre de terminaux concernés d'abord. Avec 30 millions pour l'iPhone et 21 millions pour le Blackberry, la base installée de Skype augmente potentiellement d'un coup, même si les revenus seront sans doute faibles: ne paient sur Skype que les abonnés qui veulent appeler vers un numéro du réseau (les conversations entre utilisateurs de Skype sont gratuites). Dans le même temps, cela va stimuler considérablement la notoriété de Skype qui -tiens donc- cherche de plus en plus à entrer dans les entreprises avec des offres de téléphonie sur internet (VoIP) pour le coup payantes (pour l'heure, 30% des communications utilisant Skype sont passées par les entreprises).

L'initiative de Skype intervient au moment où l'entreprise est devenu le premier opérateur téléphonique longue distance pour le trafic vocal, selon le cabinet d'études TeleGeography.

En 2008, Skype s'est arrogé une part de marché de 8% des 417 milliards de minutes de conversations internationales. Alors que ce volume est en hausse de 12% sur un an, la part de Skype augmente de… 41%! Pour cette filiale de eBay (voir chronique du 30 mars) née en Estonie et installée au Luxembourg, le seul problème est que celle inflation se monétise difficilement.

Par bien des côtés, Skype incarne la domination de l'économie de la gratuité sur l'internet. Son trafic transite par des fibres optiques opérées par d'autres (avec, certes, des besoins en bande passant bien plus faibles que YouTube), et la plupart de ses clients ne paie pas.

L'entreprise n'a réalisé que 550 millions de dollars de chiffres d'affaires, un chiffre bien faible comparé au milliard de téléchargement de son application pour la seule année 2008 (dont 11 millions pour les terminaux fonctionnant sous Windows Mobile). Au total Skype compte un peu plus de 400 millions d'utilisateurs, dont le nombre augmente un peu plus vite que (+47% en 20087) que les revenus générés (+44%). Ce gap, pour l'heure insignifiant, a de fortes chances de s'accroître à mesure que les prix sur le VoIP baissent globalement.

Pour Apple, enfin, l'acceptation de Skype sur son iPhone un pied de nez aux opérateurs de téléphone mobile. Après avoir fait monter les enchères en concédant son iPhone qu'en échange de royalties, Apple envoie un message clair : je fais ce que veux (les opérateurs ont-ils oublié d'imposer une restriction sur Skype dans le contrat? Celle-ci a-t-elle été refusée ? Impossible de savoir). Mais ils n'ont guère de quoi s'inquiéter : lorsqu'on examine les ARPU (Average Revenue per User, revenu par abonné)

l'iPhone reste un fantastique business : lorsque Orange extrait en moyenne 400 euros par abonné, chaque possesseur d'iPhone lui rapporte un peu plus de 1000 euros sur lesquels l'opérateur fait une marge de 20%. Le chiffre est comparable aux Etats-Unis où l'iPhone rapporte 40% à 60% de plus que l'utilisateur moyen. De la vraie création de richesse en somme...