Amazon vient de lancer son livre électronique Kindle en France ce lundi 19 octobre. Cet "e-book" donne accès à près de 290.000 ouvrages à travers les réseaux de téléphonie mobile 3G, sachant que la connexion est comprise dans le prix d'achat du Kindle. Doté d'un écran ultrafin noir et blanc de 6 pouces (15 cm), il propose également 85 journaux, dont Le Monde et Les Echos.

Kindle, lancé aux Etats-Unis il y a deux ans, y détient 60% du marché des livres électroniques.

Condition: anglophone!

Toutefois, Kindle présente un sérieux désavantage pour les Français, puisque la quasi-totalité des livres proposés (99,9%) sont en anglais. De plus, le prix de cet appareil est conséquent: 260 dollars (174 euros) aux Etats-Unis, contre environ 279 dollars (245 euros) en France, frais de port et de douane compris. Cela compromet un succès immense à court terme. En effet, selon une étude publiée début septembre par Forrester, le livre électronique ne pourra constituer un marché de masse que lorsque son prix sera inférieur à 50 dollars.

D'autres éléments jouent en la défaveur de Kindle. Les tarifs des abonnements aux quotidiens français qu'il propose (27,99 dollars par mois pour Le Monde et 19,99 dollars pour Les Echos) sont plus chers que ceux proposés par les deux quotidiens pour leurs propres versions électroniques. En outre, son clavier est anglo-saxon (format QWERTY) et il faut commander le Kindle sur amazon.com (et non .fr). Le taux de conversion dollars-euros actuel offre un avantage aux Européens, qui sont obligés de payer en dollars.

30 à 40% moins cher

Les e-books Kindle présentent néanmoins un avantage non négligeable: le prix du livre électronique est en moyenne 30 à 40% inférieur au livre traditionnel. A titre d'exemple, Amazon propose aux Etats-Unis les nouveautés de l'édition à 9,99 dollars (6,7 euros).

Mais, contrairement à ce qui existe en France pour les livres papiers, aucun prix unique n'est fixé pour les livres électroniques. C'est pourquoi Kindle ne propose aucun ouvrage en langue française. Les éditeurs français, qui craignent de se voir imposer des prix trop faibles, refusent de passer des accords avec Amazon.

Best-seller

Si certains doutent du succès de Kindle en France, sa réussite est totale aux Etats-Unis. "Du CD aux écrans plats, le Kindle demeure notre produit best-seller", confiait à Libération Ian Freed, le vice président services digitaux d'Amazon. Citigroup estime que 500.000 Kindle ont été écoulés en 2008 et table sur plus d'un million pour cette année.

"Le marché du livre électronique est en train d'exploser", assure Michael Dahan, du groupe français Booken, qui présentait son modèle de "liseuse" Cybook Opus à la foire du livre à Francfort (14 au 18 octobre). Il estime que les livres électroniques devraient représenter 20% du marché de l'édition dans 5 ans.

Croissance exponentielle

Il est vrai que le chiffre d'affaires dégagé par les livres électroniques connaît une croissance exponentielle. Il s'élevait aux Etats-Unis à 113 millions de dollars en 2008, réalisant un bond de 68% par rapport à 2007. Les ventes de livres électroniques en 2009 aux Etats-Unis devraient atteindre quelque 3 millions d'unités, et le double en 2010, selon Forrester Research.

Cependant, ce chiffre reste aujourd'hui très modeste par rapport aux 24,3 milliards de dollars dépensés en 2008 par les américains pour les livres traditionnels. La vente de livres numérisés ne pèse que 1% du chiffre d'affaire des éditeurs!

Concurrence acharnée

Kindle devra faire face à de nombreux concurrents. En premier lieu, Google a confirmé lors du salon de Francfort le lancement en 2010 en Europe de son service Google Editions, qui permettra de télécharger 500.000 livres entiers sur tout lecteur numérique d'ici 2010. Les ouvrages, dont les prix seront fixés par chaque éditeur, seront téléchargeables via Kindle.

Par ailleurs, le nouveau Reader Touch Edition de Sony (35% du marché américain) et le Cybook de la marque française Booken constituent des concurrents de taille pour Kindle sur le marché français. Ces livres éléctroniques proposent en effet 30.000 ouvrages en langue française compatibles.

Enfin, face aux prix élevés des e-books, les smartphones (type iPhone ou Blackberry) sont de sérieux rivaux pour le Kindle. Ces téléphones "intelligents" permettent déjà de lire certains formats de livres numériques, et proposent un large panel d'options supplémentaires. Malgré un écran plus petit et moins confortable.