Deezer, c'est un incontestable succès d'estime. Les internautes en sont ravis. Les maisons de disques ont donné leur accord pour la diffusion des morceaux de leurs artistes. Presque tous: les morceaux de certains groupes mythiques comme AC/DC ou Led Zeppelin ne sont par exemple plus disponibles à l’écoute. "Certaines maisons de disques, avec lesquelles nous avons des accords, n’ont pas les autorisations nécessaires des artistes eux-mêmes pour permettre l’écoute de leurs enregistrements sur Deezer", explique l’équipe sur son blog.
Petit rappel à destination de ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de Deezer: c'est un site de partage et d’écoute de musique en ligne. Gratuit. Le principe? Une fois sur deezer.com, tapez le nom du morceau que vous souhaitez écouter, ou lancez la lecture d’une radio thématique, et c’est parti pour des heures d’écoute. Musique de fond au bureau ou enchaînements peaufinés pour animer la soirée du réveillon, Deezer fait tout. Le juke-box du 21e siècle.
Un juke-box au catalogue bien fourni, puisqu’il revendique 3,7 millions de morceaux -soit 85% du catalogue mondial- après deux ans d’existence. Au départ, il y a Blogmusik, un site créé en 2006 par Daniel Marelhy, autodidacte alors âgé de 23 ans, pour partager de la musique en ligne avec ses amis. Avec le succès viennent très vite les lettres de réclamation de la Sacem, qui met en demeure le site d’obtenir les autorisations des morceaux proposés aux utilisateurs. Blogmusik est fermé par ses créateurs en janvier 2007.
Entre alors en scène Jonathan Benassaya. Après avoir goûté de la banque d’affaires à Londres et de la publicité dans les jeux vidéo, il se penche avec Daniel Marelhy sur un nouveau projet: créer un modèle légalisé d’écoute de musique en ligne. Ils réunissent 250.000 euros auprès de business angels pour démarrer et lancent Deezer après des négociations en bonne et due forme avec la Sacem.
Le principe: le nombre d’écoutes de chaque morceau est comptabilisé, et Deezer reverse une partie du chiffre d’affaires ainsi créé aux ayant-droit. Quant aux revenus, ils sont tout simplement générés par la publicité, comme c’est le cas pour n’importe quelle radio commerciale et la Sacem touche 8 % des recettes publicitaires du site.
Deezer est réservé à l’écoute de la musique, et si un internaute a le coup de cœur pour un morceau et souhaite le télécharger, le site le réoriente vers deux plateformes de téléchargement légal: iTunes et Amazon. D'où l'intérêt des maisons de disques. Même si Jonathan Benassaya affirme lui-même "ne pas croire au principe de la musique payante sur le Web". Il existe d’ailleurs déjà un logiciel permettant de contourner les mesures mises en place par le site pour protéger les morceaux du téléchargement pirate.
En quelques mois, les deux créateurs signent des accords avec trois grandes maisons de disque: Sony BMG, Universal Music et Warner Music Group, sans compter les indépendants. L'objectif des fondateurs? "Il y a quatre majors dans le monde, et des dizaines de milliers d’indépendants, explique Jonathan Benassaya. Notre but? Les avoir tous!"
Malgré ses limites, Deezer compte fin 2008 une moyenne de 3,6 millions de visiteurs uniques par mois. Et il est devenu l’un des chouchous des internautes français, avec la plus forte progression dans le Top 10 des requêtes effectuées sur Google dans l’Hexagone. Ses créateurs parient sur cette audience pour arriver rapidement à l’équilibre financier sans pour autant donner d'information sur les résultats de l'entreprise.
Selon les chiffres de la Sacem, Deezer ne lui a rapporté que 70.000 euros de recette sur ses six premiers mois d'exercice, au deuxième semestre 2007, soit quelques centimes par ayant-droit. Et comme Deezer reverse 8% de ses recettes publicitaires à la Sacem, un simple calcul éclaire sur ses rentrées publicitaires: 875.000 euros au deuxième semestre 2007. Les rentrées publicitaires seraient donc encore minimes par rapport à l'immense popularité du site. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles Deezer mise de plus en plus sur ses radios que sur l'écoute de morceaux à la demande, cette dernière coûte plus cher au site en droits d’auteurs.




















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