Après Facebook, Skype va-t-il prendre lui aussi le chemin de la Bourse ? C'est en tout cas l'objectif affiche ce mercredi par son propriétaire actuel, EBay. Le groupe considère que le service de téléphonie sur Internet ne fait pas partie de ses métiers clefs que sont les ventes aux enchères et les paiements en ligne (Paypal). En annonçant son intention de coter Skype au cours du premier semestre 2010, eBay montre à ses actionnaires qu'il ne reste pas immobile face à la crise économique. Le groupe se donne peut-être aussi le temps de trouver d'autres voies de sortie pour Skype. La semaine dernière, la presse évoquait un possible rachat de Skype par ses fondateurs, aidés de fonds d'investissement; une piste qui a apparemment échoué pour l'instant.
Tout le problème est de savoir combien Skype vaut et si son modèle d'affaires en fait un vrai véhicule d'investissement différenciant pour un investisseur, par rapport aux dizaines d'opérateurs de télécommunications déjà cotés en Bourse. Sur le papier, Skype a quelques atouts: très forte croissance du chiffre d'affaires, passé en quatre ans de 25 à 551 millions de dollars; une activité rentable avec une marge d'exploitation de 21%; 405 millions d'utilisateurs (le nombre d'utilisateurs actifs n'est pas divulgué); et une part de marché de 8% des appels internationaux, selon Telegeography.
Mais la valeur de Skype a été revue à la baisse par eBay lui-même, malgré une forte croissance des ventes et des résultats. Après avoir déboursé 2,6 milliards de dollars en 2005 pour s'emparer de la société, eBay a inscrit une provision de 1,4 milliard de dollars deux ans plus tard. Dans ses comptes, Skype ne vaut désormais plus que 1,8 milliard de dollars, soit 3,3 fois son chiffre d'affaires de 2008 et 16 fois son résultat d'exploitation.
Certains analystes valorisent la société entre 3 et 5 milliards de dollars, ce qui, sur la base d'un chiffre d'affaires d'1 milliard de dollars à l'horizon 2011 (objectif annoncé par eBay), constitue un multiple de 3 fois le chiffre d'affaires – plutôt ambitieux pour une société dont la croissance annuelle des ventes devrait se situer autour de 22% au cours des prochaines années. Mais comme toute start-up digne de ce nom, Skype voit sa croissance ralentir.
Il n'est pas certain que la société, sur une base indépendante, dégage suffisamment de cash pour couvrir l'augmentation de ses coûts (plus les utilisateurs de Skype appellent vers des lignes fixes ou mobiles, plus cela lui coûte cher). Et de nombreux opérateurs (SFR et Iliad en France) proposent des offres regroupant Internet à haut débit, téléphonie, et contenus (télévision, vidéo à la demande…). Ces opérateurs disposent en outre de ressources financières plus abondantes que Skype. Même si la Bourse devait retrouver de belles couleurs, il faudra d'autres arguments à Skype pour montrer qu'il est unique en son genre, et qu'il ne ressemble pas à un simple opérateur de télécommunications – identification qui pèserait sensiblement sur ses multiples de valorisation.





















