Après le boom, le ralentissement forcé. Le monde des télécoms, qui a profité de l'explosion de la téléphonie mobile et de l'internet haut débit depuis le début de la décennie, devrait vivre une année 2009 difficile, à en croire le panorama du secteur dressé mercredi par l'agence de notation Standard & Poor's (S&P). Certes, comme le souligne l'agence, le secteur "devrait être parmi ceux qui seraient le moins affecté, d'un point de vue opérationnel, par la récession économique". N'empêche, de nombreuses ombres planent sur les télécoms.

Ce secteur ne devraient pas échapper, pour commencer, à "l'influence négative de la chute de la demande", a expliqué Standard and Poor's. Toutes les activités des opérateurs ne seront pas touchées avec la même force par ce retournement de tendance. Les services aux professionnels devraient subir le ralentissement le plus brutal. "Nous observons déjà des ajustements de la part des entreprises clientes qui veulent réduire leurs dépenses", a expliqué Guy Deslondes, responsable du secteur télécoms Europe chez S&P. "Nous tablons donc sur une baisse de 10% sur l'année des services réseaux et IT et de 5 à 7% de l'activité téléphonie d'entreprise".

En revanche, la résistance de la téléphonie mobile en période trouble est imprévisible aujourd'hui. "Elle n'a jamais vraiment été testée par temps de crise", rappelle Guy Deslondes. Durant les précédentes périodes de retournement économique, comme l'éclatement de la bulle internet en 2000, cette activité, qui venait alors de naître, était encore en phase de forte croissance.

Une chose est sûre: les clients devraient tout faire pour réduire leurs factures. Mais ce comportement, dommageable côté revenus pour les opérateurs, devrait avoir un petit effet secondaire positif, relativise S&P. Les opérateurs devraient baisser les aides aux consommateurs pour l'acquisition des téléphones puisque les clients repoussent à plus tard l'achat de nouveaux terminaux mobiles. Cela ne compensera sûrement pas la baisse des revenus, mais devrait limiter l'impact de la baisse de la consommation sur le résultat net des opérateurs.

Baisse des revenus entreprise et incertitudes quant à l'activité mobile... pour compléter un tableau déjà bien sombre, Standard & Poor's ajoute que le secteur devra faire face à des incertitudes réglementaires dans les prochains mois. "L'Union européenne est en train de mettre en place une autorité de régulation des télécoms", a indiqué Guy Deslondes. "Cette nouvelle entité, lorsqu'elle sera installée, pourrait faire pression sur les Etats qu'elle juge trop laxiste envers les opérateurs historiques. Cela crée des incertitudes à long terme pour ces derniers".

Concrètement, l'autorité européenne pourrait demander aux opérateurs de baisser leurs tarifs d'accès de gros (dits aussi tarifs de dégroupage). C'est-à-dire le prix auquel ils louent leur capacité réseau aux opérateurs alternatifs. Guy Deslondes mentionne ainsi l'exemple de Swisscom, qui est autorisé à proposer aux opérateurs alternatifs (MVNO) des tarifs de gros supérieurs aux offres faites aux particuliers. De quoi étouffer toute concurrence dans l'œuf.

Si ces pratiques devaient être effectivement limitées par Bruxelles dans le futur, cela devrait renforcer d'autant la concurrence sur le marché… et compliquer encore les choses pour les gros opérateurs.