L'échange de fichiers est accusé d'être la principale source des maux de l'industrie musicale et du divertissement. Or, cette évidence pour l'industrie ne l'est pas pour certains chercheurs. Deux économistes de l'Université de Harvard et du Kansas estiment dans une papier récent que "l'évidence empirique de l'effet des échanges de fichiers sur les ventes [de musique] est mitigé, plusieurs études concluant que le piratage de la musique peut expliquer tout au plus 20% de la chute des ventes de musique".
Ce qu'enseigne l'histoire
Pour les économistes Felix Oberholzer-Gee et Koleman Strumpf, l'histoire est pleine d'exemples où l'introduction d'une nouvelle technologie a d'abord été combattue par l'industrie du divertissement (musique et film) avant d'être considérée comme une opportunité. Ce fut le cas dans les années 20 avec la radio, ou dans les années 70-80 avec les magnétoscopes vidéo. Pour Felix Oberholzer-Gee et Koleman Strumpf, la situation est similaire depuis l'apparition du peer-to-peer dans les années 1990. Cette technologie a d'ailleurs beaucoup évolué depuis l'apparition de Napster.
Si les maisons de disque et les studios de cinéma combattent depuis de nombreuses années les sites de Peer-to-Peer, d'autres entreprises ont profité du développement du P2P pour en tirer parti: un exemple flagrant est l'iPod d'Apple. Si le développement des sites d'échanges a provoqué un baisse du prix des disques, il a fait exploser les ventes de lecteurs MP3, et permis une transition des consommateurs vers les plateformes payantes.
Produits complémentaires
"Les œuvres privées et protégées disponibles sur ces réseaux d'échanges sont complémentaires si les consommateurs utilisent cette technologie pour découvrir de nouveaux CD ou DVD qu'ils ont envie d'acheter", affirment en outre les deux économistes. Internet aurait l'inconvénient de provoquer un piratage massif des hits musicaux ou des films cartonnant au box-office. Mais il aurait aussi l'intérêt de faire découvrir de nouveaux artistes.
Les maisons de disque ont d'ailleurs commencé à s'adapter à la situation en augmentant sensiblement les ventes de produits complémentaires, comme les concerts. Ces derniers constituent d'ailleurs une source de revenus majeurs pour les artistes les plus connus (Paul McCartney, Rolling Stones, Elton John ou Celine Dion). Et selon Julie Holland Mortimer et Alan Sorensen, qui ont étudié 2.135 artistes sur 10 ans, la demande de concerts augmente à cause du développement du partage de fichiers. Conséquence: les prix des billets de concerts ont eu tendance à augmenter beaucoup plus rapidement que l'inflation ces dernières années.


















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