Il est des réseaux sociaux dont on parle sans cesse et qui ne gagnent pas d'argent, et d'autres dont on ne parle jamais, mais qui gagnent de l'argent. Second Life, par exemple. Rappelez-vous: ce monde virtuel en 3D, où les membres possèdent un avatar qu'ils dessinent à leur fantaisie, où il est possible de faire du shopping, de regarder CNN ou encore d'acheter des maisons. On en a beaucoup parlé mais depuis des mois, plus rien.

Accrocs

Pourtant, son éditeur, Linden Lab, va plutôt bien. Le cabinet d’étude californienne Next Up Research le valorise entre 658 et 700 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires estimé à 78 millions de dollars en 2008. Un dernier chiffre: le revenu net de Linden Lab devrait croître de 15% cette année, à 15 millions d’euros.

Ce petit succès, Linden Lab le doit donc à son unique produit, Second Life, monde virtuel qui continue à prospérer. Le nombre d'utilisateurs a ainsi augmenté de 25% au premier trimestre 2009 sur un an, à 16,8 millions. Et se sont de vrais accrocs. L'usager moyen passe 760 minutes par semaine en ligne (plus de 12h30!), le chiffre le plus élevé des mondes virtuels en ligne, devant Civilization IV "Beyon the Sword" et World of Warcraft. Linden Lab propose aussi un service premium sur abonnement qui lui rapporte entre 20 et 30 millions de dollars par an, selon Next Up Research.

Dollars virtuels

En plus de passer du temps en ligne, les utilisateurs dépensent et marchandent. Ces transactions ne sont pas affectées par la crise qui ébranle le monde réel. Les transactions ont même atteint un record, à 120 millions de dollars, de janvier à mars 2009, contre 100 millions sur les quatre derniers mois de 2008.

Abo premium

Or, plus les utilisateurs dépensent dans Second Life, plus ils enrichissent Linden Lab. Dans le monde virtuel, la monnaie n’est pas le dollar américain, mais le Linden Dollars. Et l’éditeur détient le monopole sur le marché des changes entre les deux monnaies et ponctionne, sur chaque opération de change, une commission. Cette activité rapporterait, selon Next Up Research, environ 1 million de dollars.

Krach immobilier

En plus de faire office de banque centrale, Linden Lab joue le rôle d’agence immobilière. Les utilisateurs de Second Life peuvent en effet acheter des propriétés virtuelles. Un terrain de 5.000 m2 coûte entre 50 et 200 dollars. A ce jour, plus de 1,6 million de m2 sont des propriétés privées.

Mais le monde virtuel n’échappe pas aux règles implacables du marché. Après un véritable boom immobilier de mai à octobre 2008, le nombre des transactions a commencé à marquer le pas à cause de l’explosion des prix. La surface privée totale a même reculé de 1% en mars 2009. Un petit krach immobilier virtuel.

Ainsi va le petit monde de Second Life. Un monde qui a de l’avenir, à en croire les analystes de Next Up Research. "Le marché des univers en ligne devrait générer à moyen terme près de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires", écrivent-ils. "Et c’est une hypothèse basse, considérant que le cabinet d’étude Gartner estime que 80% des internautes auront un avatar en 2011".