L'industrie du disque se réjouit de l'entrée en application prochaine de la loi Hadopi 2. Elle estime notamment que cette nouvelle législation devrait donner une bouffée d'air aux sites de vente de musique en ligne.

Mais qu'en pensent ces derniers? E24 a interviewé Ben Drury, PDG de 7Digital. Ce site britannique de vente de musique a fait son entrée sur le marché français lundi 14 septembre.

E24: Vous débarquez sur le marché français en même temps que le vote d'Hadopi 2. Un heureux hasard?

Ben Drury: Nous avions depuis longtemps l'intention d'investir ce marché. Nous avons besoin de développer notre activité dans de nouveaux pays: les économies d'échelle sont cruciales dans notre secteur, car les charges fixes sont élevées et les coûts variables plutôt faibles. Et il faut aller vite car, à terme, il n'y aura pas de place pour tout le monde sur ce marché de la musique en ligne.

Mais il est vrai que le calendrier joue en notre faveur. Le renforcement en cours des lois anti-piratage en France, en Suède et au Royaume-Uni met plus de pression sur les internautes qui téléchargent illégalement. Et cela aide l'industrie du disque.

Ces nouvelles lois ont-elles dynamisé vos ventes?

En Suède, nous sommes présents via Spotify (leader des sites d'écoute de musique en ligne), avec qui nous avons un partenariat. Ils proposent à leurs internautes d'acheter de la musique via notre catalogue. Et il nous parait évident que les nouvelles possibilités de poursuites offertes par cette loi favorisent l'essor des services légaux.

Mais encore? Quelle a été la progression de vos ventes?

Il est trop tôt pour le dire. Par exemple, la loi britannique n'est pas encore appliquée. Mais elle nous sera profitable: les internautes vont acheter plus de musique et nos ventes vont se porter de mieux en mieux.

D'autres facteurs ont-ils alors eu plus d'impact sur l'évolution de votre activité?

Oui. En septembre 2008, lorsque nous avons abandonné le système de protection du contenu (DRM), qui limitait drastiquement l'usage de la musique achetée, nos ventes ont doublé du jour au lendemain! Nous étions les premiers à le faire. Amazon et iTunes ont mis un peu de temps avant de suivre notre exemple.

Je peux donc dire que l'abandon des DRM a eu plus d'impact sur notre activité que les améliorations législatives.

Autre chose: les clients sont très sensibles au prix. Maintenant que nous proposons des tarifs compétitifs, l'intérêt de se tourner vers les offres légales grandit. Nos titres les moins chers sont vendus à 77 centimes d'euro (pour les offres spéciales), les plus chers à 99 centimes.

Comment comptez-vous vous en sortir face à des géants comme Apple et Amazon?

D'abord, nous proposons des titres en format MP3 de meilleure qualité (encodage en 320kbps contre 256kbps pour les autres plateformes). Ensuite, nous tentons de promouvoir au maximum la vente par album, car c'est plus rentable pour nous... et aussi pour les labels.

Nous ne dépendons pas non plus entièrement des ventes de musique. Nous proposons aussi notre technologie de vente en ligne à d'autres sites et nous signons des partenariats avec sociétés comme Spotify ou HMV [équivalent britannique de la FNAC, NDLR] pour mettre à leur disposition notre plateforme technique et notre catalogue. C'est pour cela que notre marque n'est pas très connue: nous nous concentrons sur les partenariats.