Les organisateurs de la distribution d'argent en liquide à Paris ce week-end pour le compte d'un site internet (Mailorama, groupe Rentabiliweb) avaient voulu un événement "festif et bon enfant" avec "un dispositif de sécurité bluffant", soulignait la veille à E24 Stéphane Boukris, en charge de la manifestation.

Au final, l'opération a été annulée à la demande de la Préfecture de Police compte tenu du risque de sécurité. Certains participants déçus ont, en conséquence, dégradé les lieux (magasins, abris-bus…) et pris à parti particpants.

Jean-Marc Fedida, avocat de la société internet a rejeté lundi toute responsabilité de son client dans les débordements intervenus samedi, estimant que la préfecture de police n'avait pas suffisamment anticipé ce risque.

"Aucune responsabilité"

"Il y avait un certain nombre de personnes qui était animé par cette intention (de commettre des dégradations, ndlr) au moment où les choses ont été faites et, hélas, tout ça n'a pas été suffisamment anticipé et suffisamment prévu", a déclaré l'avocat de Rentabiliweb lors d'une conférence de presse. "Anticipé par qui? Par les personnes en charge du maintien de l'ordre à Paris", a-t-il poursuivi.

Pour Me Fedida, "soit la préfecture de police estimait qu'il y avait un risque, auquel cas elle prononçait une interdiction, elle fronçait les sourcils, et l'opération aurait été annulée; soit l'opération ne présentait aucun risque de trouble à l'ordre public pour la préfecture (...), auquel cas l'opération aurait dû avoir lieu".

Les organisateurs expliquaient à la veille de la manifestation qu'ils travaillaient "main dans la main avec la Préfecture de Police depuis 6 mois" pour assurer la sécurité de la manifestation.Et Michel Gaudin, préfet de Police de Paris, avait argué que la Préfecture ne pouvait pas empêcher la tenue d'une manifestation "statique" mais qu'il se préparait à des troubles à l'ordre public, sans préciser les moyens qu'il comptait prévoir.

La préfecture de police (PP) a rappelé à l'AFP "le principe constitutionnel de se rassembler et de manifester qui rendait impossible l'interdiction d'une opération de ce type pour lequel il n'existait aucun précédent".

Elle a également insisté sur "le principe de responsabilité de l'organisateur, dûment informé des risques et de l'illégalité de son projet de distribution d'argent qui, dans le cas d'espèces, fait jouer aux pouvoirs publics le rôle de service d'ordre d'une opération de marketing en se défaussant de ses obligations".

Le gouvernement impuissant?

Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a fait savoir que "le gouvernement est en train d'examiner les recours possibles" contre la société pour l'attaquer en justice. "On ne peut pas laisser cette opération sans réaction (...) le gouvernement n'est pas impuissant, il doit maintenant regarder avec la société les moyens de recours pour que les dégâts qui ont été constatés (...) puissent être indemnisés", a poursuivi le ministre de l'Education.

Me Fedida a dit attendre "avec curiosité" l'issue de ses recherches, car la société n'a "fait que respecter la réglementation" et a "procédé aux déclarations" nécessaires.

Interrogé sur la possibilité de poursuites civiles, il a estimé qu'il s'agirait alors "d'admettre que la responsabilité de la société se situerait dans le cadre de ce qu'elle aurait pu prévoir". La société ne pouvait pas prévoir que la Préfecture serait débordée, a justifié l'avocat.

Sur la possibilité d'une contravention de 2ème classe pour utilisation d'espèces comme "support d'une publicité", il a défendu que le terme suppose "par exemple d'appliquer le nom d'un produit" sur un billet, ce qui "en l'occurence n'était pas le cas".

Si Me Fedida a reconnu que "l'opération était provocatrice" et "insolente", il a fait valoir qu'elle utilisait seulement selon lui des moyens marketing "innovants".

Neuf personnes ont été placées en garde à vue samedi pour "jets de projectiles et dégradations". Deux d'entre elles, qui devaient être jugées lundi en comparution immédiate, le seront finalement le 13 janvier.