Bonjour, mon nom est Rupert et je suis Google-dépendant. La déclaration de guerre du magnat des médias Rupert Murdoch à Google sonne comme l'aveu public de sa dépendance. Mais il n'est pas le seul. Selon les sites d'information, Google représente entre 35 et 75% du trafic. Et l'audience d'un site, c'est ce qui lui permet de vendre de la pub et donc de se financer.

Ça fait maintenant plusieurs semaines que Rupert Murdoch s'oppose à Google sur le marché américain. Il a beau être octogénaire, il a, semble-t-il, bien saisi la problématique: il est le nain, et Google le géant. Google dicte, Google décide et Google gagne.

Tout puissant qu'est Murdoch dans le monde des médias, il n'est pas de taille à inquiéter Google. Il le sait et en bon stratège, il forme des alliances. Peut-être que l'évocation du nom de Microsoft fera-t-elle, cette fois, lever l'un des sourcils du géant de l'Internet.

Bing dans ta Google

"Le but de ces attaques incessantes est d'obliger Google à négocier", analyse un bon connaisseur de l'Internet. Premier acte: il a publiquement affirmé sa volonté de retirer les articles produits par les journaux de son groupe du moteur de recherche Google. Deuxième acte: il menace Google de faire émerger un concurrent crédible, Bing en l'occurrence.

Car Murdoch serait le grand perdant d'une rupture des liens avec Google. Il se priverait d'un trafic important et ne ferait plus ressortir les articles de ses journaux (au titre desquels le Wall Street Journal, le Times ou le New York Post) des recherches thématiques des internautes. D'autant que les pubs situées dans les zones payantes d'un site comme le Wall Street Journal rapportent en moyenne 30% de plus en raison du caractère très valorisé de l'audience. Il a donc certes intérêt à aider Bing mais sans rompre les liens avec Google.

Situation d'urgence

Il ne faut pas s'y tromper, en agissant ainsi, Murdoch tente de sauver son groupe. Il est vrai que Google amène de plus en plus de trafic aux sites d'information. Mais dans cet univers grandissant, les marques de médias perdent du terrain et ont de plus en plus de difficultés à monétiser cette audience. Google, lui, se taille la part du lion en vendant ses adwords.

Là encore, ce n'est pas nouveau. Mais la crise économique mondiale a été un accélérateur de chute pour les éditeurs de presse dont le business décline depuis de nombreuses années. Les journaux papier se vendent moins et le net n'est pas le relai de croissance espéré. C'est normal, dans le monde numérique, les éditeurs ne sont pas maîtres de leur business modèle. Murdoch vient de le comprendre.

Pour pouvoir espérer reprendre un jour la main, les éditeurs doivent maîtriser l'outil et la recherche. Et c'est loin d'être le cas. En France, 80% des recherches passent par Google. Aux Etats-Unis, c'est 65,4% selon les derniers chiffres Comscore.

Google stable

Une position de leader inatteignable même avec une alliance entre les deux principaux concurrents que son Yahoo! et Bing, le moteur de recherche de Microsoft. Certes Bing progresse sur le marché américain, mais c'est au détriment de Yahoo! avec lesquel il a conclu une alliance, et non de Google, le principal concurrent.

Dans ses desseins anti-Google, Bing aussi a besoin d'aide et celle des éditeurs de presse, très remontés contre Google, ne serait pas superflue. Mais une telle démarche ne peut se faire à demi-mesure. Pour parvenir à faire vaciller le géant, il faut être nombreux à l'attaquer. C'est la raison pour laquelle Murdoch tente depuis plusieurs semaines de rallier un maximum d'éditeurs américains à sa cause.

Car, comme le remarque le Financial Times -qui a sorti l'histoire des négociations entre News Corp. et Microsoft- ces derniers jours la direction de Google a pris soin de relativiser la valeur ajoutée que lui apporte le référencement des journaux. "Economiquement, ça ne représente pas une grosse partie de la façon dont nous gagnons de l'argent", aurait dit le directeur de Google au Royaume-Uni, Matt Brittin, lors d'une conférence la semaine dernière.

MySpace pèse

Mais comme chez Google tout est imbriqué, peut-être qu'en attaquant de tous les côtés les sommes en jeu ne seront plus aussi dérisoires et feront bouger le géant du Net. C'est en tout cas le pari de Murdoch qui a plus à perdre que de l'audience pour ses journaux dans la mesure où il se doit aussi renégocier avec Google le contrat relatif à MySpace qui arrive à échéance en juin 2010.

Lorsque Murdoch a repris MySpace en 2006, une partie du financement de l'opération s'est fait au travers d'un contrat de 900 millions de dollars que Google payait à News Corp, le groupe de Murdoch, en échange du droit exclusif de fournir au site de la publicité liée au moteur de recherche pendant trois ans. Mais une clause prévoyait que MySpace devait garantir une audience minimum, ce qui n'a pas été le cas.

Le site Techcrunch affirmait déjà en mai dernier que les paiements avaient déjà été revus à la baisse et que Google souhaitait renégocier au mieux de ses intérêts. De quoi provoquer la colère de Murdoch.