Ce sont finalement 200 millions supplémentaires qui seront alloués en 2009 à la modernisation de ce secteur en déclin qui subit en plus de plein fouet l'impact de la crise économique entraînant un arrêt brutal des investissements publicitaires. Par rapport au plan d'aide à l'automobile (5 à 6 milliards) ou à celui des banques (21 milliards), ce n'est pas grand-chose. Surtout en période de crise mondiale où il est moins difficile de creuser les déficits.

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy a finalement suivi à la lettre les recommandations du Livre vert élaboré dans le cadre des Etats Généraux de la Presse écrite. Mais dans un esprit différent. Plus question de faire un chèque en blanc sans attendre rien en retour. La presse est aidée, à hauteur de 1,2 milliards d'euros par an désormais, mais elle doit se moderniser pour devenir économiquement indépendante. Les nouvelles aides seront donc conditionnées aux résultats obtenus. La balle est maintenant dans le camp des éditeurs de presse, organisation professionnelle, syndicats représentatifs et journalistes.

Ce plan d'aides sur trois ans (600 millions au total) recense sept chantiers prioritaires parmi lesquels figure notamment le développement de l'Internet, "au cœur des enjeux" dans la mesure où il s'adresse "aux générations natives du numérique". Ces jeunes ne sont pas intéressés par la presse écrite papier. En revanche, la recherche d'information sur Internet fait partie de leur quotidien. Pour les toucher, les journaux doivent être présents, performants et innovants. Ils doivent continuer à investir. Or le modèle économique des la presse en ligne n'a pas encore été trouvé.

Pour ne pas freiner ces investissements nécessaires mais très lourds pour des entreprises en crise, Nicolas Sarkozy a décidé de créer un statut d'éditeur de presse en ligne. Les éditeurs de presse bénéficient d'un régime fiscal avantageux (exonération de la taxe professionnelle, encouragement à l'investissement (article 39 bis du code général des impôts), taux de TVA super-réduit). Les éditeurs de presse en ligne de demain, tant qu'ils réalisent un travail journalistique et emploient des journalistes professionnels, auront droit à ces mêmes avantages. Pas tous dans l'immédiat puisque l'application d'un taux de TVA à 2,1% relève de l'Union européenne. Nicolas Sarkozy a annoncé une application rapide des mesures nationales et l'intensification des négociations auprès des pays membres de l'UE sur cette question de la TVA qui doit être adoptée à l'unanimité des membres.

Le président de la République a également décidé le doublement et la réorientation "dès cette année" des dépenses de communication institutionnelle de l'Etat vers la presse écrite "nationale, régionale, locale et numérique".

Pour la presse purement papier cette fois, Nicolas Sarkozy a décidé le report d'un an des mesures d'augmentation des tarifs postaux de transport des journaux aux abonnés. Les accords Presse-Poste signés à l'été 2008 ne sont pas remis en cause mais décalés d'un an. Au global, pas cette simple disposition, la presse dans son ensemble économisera 24 millions d'euros en 2009 inflation comprise. Ce qui signifie que La Poste aura 24 millions de moins. Nicolas Sarkozy a donc décidé, pour ne pas pénaliser l'opérateur postal en compensant intégralement cette somme sur le Budget de l'Etat.

De manière complémentaire, l'Etat fera un effort particulier pour aider au développement du portage à domicile des journaux. Le fonds d'aide au portage passera d'une dotation de 8 millions d'euros à une dotation de 70 millions d'euros. En outre les charges sociales patronales seront supprimées pour les entreprises de portage. Nicolas Sarkozy espère que ces mesure favoriseront la création d'emplois dans le secteur, notamment pour les personnes en voie de réinsertion, les étudiants ou les retraités.

Nicolas Sarkozy a aussi retenu l'idée du Livre Vert "d'expérimenter pendant six mois, mais sans toucher à la loi Bichet" (du 2 avril 1947) des formes alternatives de distribution, par exemple la distribution des quotidiens nationaux par le réseau de la presse régionale ou la distribution par les éditeurs eux-mêmes de leurs titres dans des enseignes spécialisées. Sachant que pour tout cela, les éditeurs devront s'entendre entre eux. Le Président souhaite également remettre le diffuseur de presse "au centre de tout" et améliorer ses conditions de travail et sa rémunération. "Il faut faire du métier de diffuseur un métier de vendeur et non pas un métier de manutention", a-t-il défendu avant de remarquer que pendant que le diffuseur gère des journaux invendus, il ne vend pas de journaux.

Autre évolution de taille dans la mesure où la presse payante s'y est toujours opposée: les diffuseurs de presse pourront installer des présentoirs de journaux gratuits dans leurs magasins. Nicolas Sarkozy l'a annoncé. Ce qui pourrait apporter aux diffuseurs un compément de rémunération.

Et parce que la presse souffre avant tout d'un problème de sous-investissement, plusieurs dispositions sont prévues pour attirer les investisseurs. Le mécénat d'abord. Le principe de fondations recueillant les dons de particuliers destinés à financer les entreprises de presse en échange de déductions d'impôt sera importé en France. Par ailleurs, l'interdiction pour un investisseur non communautaire de détenir plus de 20% d'une entreprise de presse française va sauter. Mais dans l'ensemble, seul un redressement économique des entreprises de presse sera à même d'attirer les investisseurs.

Plus symbolique, chaque jeune Français de 18 ans bénéficiera pendant un an d'un abonnement gratuit à un quotidien de son choix, cela à titre expérimental. Nicolas Sarkozy reconnaît avoir hésité sur cette mesure, ne comprenant pas pourquoi il fallait aider des journaux qui ne font pas d'efforts éditoriaux pour être lus par les jeunes. Il s'est finalement rendu compte que les journaux qui ont bénéficié de ce type de mesures ont évolué sur le plan éditorial.

A plusieurs reprises, le chef de l'Etat s'est félicité du climat de débat instauré par ces Etats Généraux et a encouragé les partenaires sociaux à le poursuivre, sur des points qu'il revient aux professionnels du secteur de trancher, que ce soit dans les négociations dans les imprimeries ou sur l'adoption d'une charte de déontologie. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy s'est félicité de la volonté des partenaires sociaux de la presse à négocier "un nouveau contrat social" dans les imprimeries de presse, avec pour objectif de "réduire de 30 à 40% le coût de l'impression". Avec prudence, le président de la République a souligné que "l'Etat pourra désigner une personnalité chargée d'accompagner ces négociations au nom de l'Etat". Des mesures de soutien financier pourraient aussi voir le jour à condition qu'"un plan national de rationalisation et de mutualisation des imprimeries soit mis en oeuvre".

Nicolas Sarkozy a également annoncé que le régime des droits d'auteur des journalistes serait adapté à l'ère numérique: le remplacement d'un droit lié à la publication dans un support par un droit lié à un temps d'exploitation. Mais les professionnels du secteur doivent maintenant réfléchir ensemble à la question de l'offre. Car Nicolas Sarkozy a bien insisté sur le fait que l'Etat a fait sa part du travail. Il revient aux professionnels de la presse de s'entendre pour faire la leur.