La guerre des navigateurs internet est relancée. Ces logiciels, qui permettent de surfer sur le web, comme Internet Explorer ou Firefox, intéressent au plus haut point Microsoft, Google ou encore Apple. Et ce n'est pas pour des raisons directement pécuniaires: ces navigateurs sont téléchargeables gratuitement. Non, l'intérêt de ces logiciels se situe à un autre niveau. Un niveau stratégique.

Internet Explorer, Chrome, Opera ou Firefox sont en effet l'unique interface entre les sites web et les internautes. Imposer son logiciel, c'est influencer la conception des sites internet. "Ces logiciels sont l'outil qui lit pour vous les pages internet", explique Olivier Bronner, directeur général de Plan.Net, agence de publicité spécialisée. "Cela suppose l'établissement de standards afin que ces sites puissent être décryptés correctement par votre navigateur. Du coup, si vous êtes le numéro un sur ce marché, vous pouvez imposer vos standards."

Encore plus important: ces logiciels sont en train de devenir l'application centrale des ordinateurs. En effet, les applications se transforment de plus en plus en services en ligne, migrant du disque dur du particulier vers internet. "Dans les nuages", disent les programmeurs. Google a basé sa stratégie sur cette évolution, concurrençant la suite de logiciels Office de Microsoft par ses services en ligne gratuits, Google Docs.

Suivant cette logique, "la plateforme logiciel la plus importante ne sera plus, à moyen terme, le système d'exploitation du type Windows, mais le navigateur internet qui donne accès à ces services en ligne", analyse Nicolas Jullien, chargé de recherche à l'ENST Bretagne.

Chaque navigateur tend ainsi à favoriser les produits "maison". Internet Explorer va favoriser l'accès au moteur de recherche Live et à la messagerie instantanée Messenger, développés tous deux par Microsoft. Apple s'est inspiré du mode de fonctionnement d'iTunes pour développer sa dernière version de Safari. Enfin, Google a façonné Chrome pour faire tourner sa suite de logiciels en ligne Google Docs.

"En cherchant à maîtriser le marché des navigateurs, explique Nicolas Jullien, les grands de l'informatique cherchent en fait à formater les pratiques des internautes." Et à les pousser vers leurs propres applications. Laisser une firme concurrente, comme Microsoft, dominer le marché, c'est courir le risque qu'elle entraîne les internautes vers d'autres services que les siens.

Un risque majeur auquel Google ne veut pas s'exposer. Le maître des moteurs de recherche a sonné la charge contre Microsoft et son navigateur Explorer. Il veut épauler la Commission européenne dans sa bataille contre Microsoft. Bruxelles envisage en effet de forcer Microsoft à donner le choix du navigateur aux clients de Windows. Jusqu'à présent, le spécialiste du logiciel installe par défaut Internet Explorer avec son système d'exploitation, donnant un avantage déterminant à son navigateur face à la concurrence. Windows équipe la quasi-totalité des PC.

Résultat de la stratégie de Microsoft, près de 60% des internautes européens utilisaient Internet Explorer en novembre 2008, contre 31,1% pour Firefox, 5,1% pour Opera, 2,5% pour Safari. Et… 1,1% pour Google Chrome, selon les statistiques de XitiMonitor. Un retard que Google veut à tout prix rattraper.