Après des années de gestation, le phénomène du livre électronique, surnommé e-book, semble rnfin sur le point de décoller. Les offres se multiplient. D'abord sur le marché des supports: Sony a lancé il y a quatre mois son "Reader" (lecteur) en France. SFR vient de présenter au Salon du Livre son "eBook SFR". Apple a signé un accord avec quelques éditeurs français pour vendre une centaine de titres pour iPhone sur sa plateforme Cyberlibris. Et le géant de la librairie en ligne Amazon bénéficie d'un "buzz" très positif aux Etats-Unis autour de son Kindle 2 (la première version s'était vendue à 500.000 exemplaires).
Les grands acteurs commencent donc à investir le marché du livre électronique. Et ce, malgré des ventes "confidentielles depuis trois ans, comprises entre 30 et 40 millions d'euros" en France, soit 1% du chiffre d'affaire de l'édition, selon Serge Eyrolles, le patron du syndicat national du livre (SNL). Mais Feedbook, start-up qui propose une bibliothèque en ligne accessible notamment à partir de l'iPhone, revendique 5 millions de téléchargements gratuits sur le téléphone d'Apple… principalement dans les pays anglo-saxons.
La dynamique est lancée, d'après André-Benoit de Jaegere, Directeur Associé Innovation et Développement Capgemini Consulting: "l'offre commence à se structurer et les conditions du décollage sont réunies". D'abord, l'offre des supports de lecture s'est particulièrement étoffée, grâce aux progrès réalisés sur la qualité des écrans. Même "les smartphones commencent à être équipés d’écrans tactiles bénéficiant d’une très bonne définition", ajoute André-Benoit de Jaegere. Feedbook ne s'y est pas trompé: "nous avons vu les téléchargements exploser avec le lancement de notre offre pour smartphones", se réjouit Hadrien Gardeur, co-fondateur de la start-up.
Si le support n'est plus un problème, l'offre de livres reste un sujet problématique, à cause notamment de la question du prix. "Une question sensible", note Hadrien Gardeur. Pour qui l'affaire est pourtant entendue: "il n'est pas possible de vendre un livre électronique au même prix qu'un livre papier. Le consommateur s'attend à payer 25 à 35% de moins car il perçoit de manière différente le produit matérialisé, à couverture carton, et dématérialisé, simple fichier numérique". Nul doute que les éditeurs devraient tenter de tirer les prix vers le haut. Mais il n'est pas certain qu'ils puissent imposer leurs vues. Aux Etats-Unis, Amazon a fixé son prix: 9,90 dollars l'ouvrage, contre 25 à 35 dollars en librairie. "Si un acteur suit cette voie, les autres seront obligés de s'aligner", juge Hadrien Gardeur.
Un prix moins élevé paraît logique: les éditeurs pourront économiser de nombreux coût en passant au livre numérique. D'abord, adieu les caisses d'invendus renvoyés par les libraires. Adieu aussi les livres épuisés. Une fois tout le fonds de l'éditeur numérisé et stocké sur serveurs, tous les ouvrages seront toujours disponibles à la vente. Reste que, si les ebooks gagnent rapidement du terrain, les libraires devront "réinventer leur métier", admet André Benoit. Bref, ils ont tout à perdre.


















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